Parapluie en papier, spécialité de Meinung

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Parapluies traditionnels en papier (source : flickr)

Le parapluie est un dispositif très utile qui existe dans presque tous les pays. Avant l’importation des premiers parapluies modernes à Taiwan une vingtaine d’années après la seconde guerre mondiale, tous les parapluies qu’on trouvait sur l’île étaient en bambou et papier. Ce type de parapluie fait à la main inventé par les Chinois il y a plusieurs siècles fut longtemps un produit d’importation assez cher à Taiwan par rapport au niveau de vie de la population insulaire. Il n’y avait que les familles aisées qui en possédaient et, bien sûr, elles s’en servaient avec beaucoup de soin, d’autant plus que le parapluie en papier était assez fragile.

Structure de parapluie en papier (source : wikimedia)

La production locale de parapluie en papier n’a débuté qu’au début du 20e siècle, à l’époque japonaise. Trois personnalités sont souvent mentionnées comme représentants de ce secteur artisanal. Il s’agit de Lin A-kui (林阿貴) et de Wu Chen-hsing (吳振興), vivant à Meinung, au sud, ainsi que de Wu Yu-chin (吳玉琴), un spécialiste du parapluie en papier originaire de la province du Guangdong sur le continent chinois. Les deux premiers ont invité un spécialiste chinois à se déplacer jusqu’à Taiwan pour les former dans cet artisanat, une formation qui devait durer trois ans, selon la pratique conventionnelle de l’époque. Devenus spécialistes eux aussi, les deux hommes ont fondé ensemble la toute première fabrique taiwanaise de parapluie en papier. Hélas, on ignore aujourd’hui l’identité de leur maître chinois. Quant au 3e spécialiste taiwanais Wu Yu-chin, il y a aussi très peu d’information à son sujet.

La fabrication de parapluies en papier nécessite divers savoir-faire pour la réalisation des différentes parties de l’appareil. La procédure commence par la préparation des matériaux. Il faut d’abord tailler le bambou en tiges fines, qui serviront comme rayons et baleines du parapluie. Le manche et la noix sont également faits de bambou. Le « maozhu » (毛竹), bambou poilu, une espèce hivernale, est le choix exclusif en raison de son élasticité remarquable et de sa croissance rapide. Lorsque les éléments pour les différentes parties du parapluie sont prêtes, on peut procéder à leur assemblage, qui donnera forme à l’armature du parapluie. Le fils de coton est largement utilisé pour les différents points de jonction afin d’attacher délicatement et solidement les parties.

Une fois l’armature terminée, une grande feuille de papier ronde est collée sur les baleines étendues. Pour embellir le parapluie, une peinture chinoise traditionnelle y sera ajoutée avant qu’une couche d’huile extraite de graines d’aleurite ne soit enduite à la surface de la feuille. Cette huile est réputée pour sa résistance à l’eau. Les peintures décorant les parapluies représentent le plus souvent des fleurs, des oiseaux ou des paysages naturels. Si elles étaient très courantes autrefois, les peintures monochromes ont quasiment toutes disparu aujourd’hui, en raosp, des préférences des touristes. Bien sûr, on peut aussi remplacer la peinture par une calligraphie.

Le secteur des parapluies en papier à Taiwan a connu sa plus grande prospérité dans les années 1960, avec une vingtaine de fabriques regroupées à Meinung au sud. La production nationale s’élevait à plus de 20 000 pièces par an. Cependant, très vite, quand l’économie insulaire a connu son essor dans les années 80, les parapluies en métal et tissu fabriqués localement ont vite ramplacé les parapluies traditionnels. Pendant plusieurs années, Taiwan a même été le plus grand producteur de parapluies modernes du monde. Maintenant, le parapluie en papier, qui coûte beaucoup plus cher que les parapluies modernes à cause de son travail minutieux, n’est plus considéré comme un produit d’utilité mais plutôt comme un objet de décoration ou de collection.

Aleurite en fleur (source : Pixabay)