Les anciennes portes de la cité de Taipei

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La porte nord en 1920 (source Tony Huang)

Avant 1900, la zone administrative de la ville de Taipei était protégée par les remparts. Pour entrer dans cette cité, il fallait emprunter l’une des 5 portes disposées sur les 4 côtés de l’enclos rectangulaire.

La porte du nord

Inaugurée en 1884, nommée Chéng-En-mén (承恩門), elle était officiellement la porte principale de la cité. Son appellation symbolise « recevoir la grace céleste » parce que c’était devant cette porte que tous les mandarins postés à Taipei par l’Empereur, qualifié de « Fils du Ciel », devaient annoncer leur arrivée. D’où la présence d’un petit kiosque de concierge devant elle. En réalité, cette porte ne s’ouvrait pas directement vers l’extérieur.

Porte nord (crédit RTI)

Elle était protégée d’un rempart de renforcement devant sa sortie, formant un espace rectangulaire fermé. Ce rempart a été démantelé dans le cadre d’un projet de réaménagement de la capitale lancé en 1900, à l’époque japonaise. Conservée entièrement dans son état d’origine, la principale construction de la porte évoque un ancien fort carré doté d’une toiture traditionnelle chinoise dont les extrémités se redressent légèrement vers le ciel. D’une largeur de 14 mètres et profonde de 10 mètres, la porte dispose de deux niveaux : au premier niveau, il n’y a aucune autre ouverture que la porte en arc. Par contre, au niveau supérieur se trouvent deux petites fenêtres carrées séparées par une autre, ronde, au milieu côté façade sans oublier les deux portes latérales donnant chacune sur l’ancienne enceinte de garde de la cité.

La porte de l’Est

Inaugurée en 1882, cette porte représente un style nettement plus luxueux évoquant un palais construit sur un rempart.

Porte de l’Est sous son apparence d’aujourd’hui (crédit RTI)

Ce « palais » est des colonnes rouges vifs et une toiture amplifiée couverte de tuiles céramiques vertes. Comme pour les temples et les palais, les extrémités prolongées de ses arêtiers sont décorés de petits animaux fabuleux. En réalité, à l’origine, elle était du même style simple que la porte du nord. Toutefois, ses deux fenêtres rectangulaires au niveau supérieur étaient plus longs au point qu’elles ressemblaient à deux portes. En effet, selon les chercheurs, elles servaient à accueillir les habitants rentrant après l’heure de la fermeture de la porte. A l’aide d’un panier suspendu tiré par les gardiens, ces personnes pouvaient entrer dans la cité par ces grandes fenêtres. L’apparence actuelle de la porte a découlé d’une reconstruction en 1966 pour but touristique. Le monument a ainsi perdu grandement sa valeur historique.

Les deux portes du sud

La grande porte et la petite porte du côté sud ont aussi subi le même sort que la porte de l’Est et présentent aujourd’hui beaucoup de similarités avec cette dernière. La grande porte du sud était la plus grande de toutes les 5 portes de la cité et elle était aussi la plus couramment utilisée par les habitants.

Quant à la petite porte du sud, selon les chercheurs, sa construction était entièrement financée par la très riche famille de Lin à Banqiao, au sud de Taipei. Elle permettait à la famille de raccourcir son chemin lors qu’elle devait se rendre dans la cité. En ce qui concerne son style architectural, elle était tout à fait différente des 4 autres portes. Ces dernières étaient toutes du style de fort alors qu’elle était plus proche d’un pavillon à nombreuses colonnes.

La porte de l’ouest

« nouvelle » porte de l’ouest (image wikipedia)

C’est la seule porte qui a été entièrement démolie par le gouvernement japonais. Ce dernier se hâtait de libérer ces localités ainsi que les espaces aux alentours afin d’y créer un grand parc car dans le quartier à l’extérieur de cette porte étaient logés les très nombreux fonctionnaires japonais. La démolition a provoqué une vive protestation des habitants sur place. Les personnalités influentes sont intervenues et ont réussi sauvegardé les 4 autres portes. Pour palier le manque regrettable, en 2014, à l’occasion des 130 ans de la cité, la municipalité de Taipei y a mis en place une sculpture moderne symbolisant la porte disparue.