Pavillon four de Longtan

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Pavillon four de Longtan (photo : wikimedia)

     Dans l’arrondissement de Longtan (龍潭) dans la ville de Taoyuan, se situe un monument historique protégé par la loi de conservation du patrimoine. Cet édifice qui évoque un mini pavillon traditionnel chinois est en réalité un four servant à incinérer toutes les feuilles portant des mots écrits ou imprimés. Nommé Shengjiting (聖蹟亭), symbolisant « pavillon des traces sacrées », il a été érigé en 1875, à l’époque où Taiwan était sous la domination de la dynastie des Qing. Puis en 1925, à l’époque japonaise, il a été reconstruit, pour prendre son apparence actuelle.

Pavillon four de Longtan (photo : wikimedia)

       Par le passé, il existait beaucoup de fours de ce type à Taiwan, qui se situaient notamment dans les villages hakka. Cette population insulaire, la deuxième par le nombre, était très marquée par le confucianisme et accordait une très grande importance à l’éducation. Dans l’esprit des Hakka, les feuilles écrites contenaient des productions intellectuelles précieusement accumulées au fil de nombreuses générations. Pour cette raison, elles ne devaient pas être traitées à la légère même quand elles n’avaient plus d’utilité. C’est ainsi qu’ils ont mis en place des fours spéciaux pour brûler les feuilles écrites afin de renvoyer les écritures au monde invisible.

       Par ailleurs, les Hakka étaient très respectueux vis-à-vis de cet outil de communication et symbole de la civilisation au point qu’ils insistaient pour que même les cendres produites à partir des feuilles écrites brûlées soient traitées avec dignité. Ainsi, elles ne devaient pas être jetées dans la poubelle. On devait les déverser dans la rivière pour qu’elles puissent disparaître d’une manière propre. En outre, une série de rituels solennels devait être strictement observée, depuis l’envoi des feuilles au four jusqu’au déversement des cendres. Malheureusement durant la modernisation de la société, la plupart des pavillons fours des Hakkas ont été démolis. Celui de Longtan est l’un des rares qui ont été conservés.

Sculpture en pierre représentant le lion (photo : wikipedia)

Grâce à un entretien continu, il se trouve encore dans un très bon état. D’autre part, ce monument est sans pareil dans tout le pays de par son envergure. Contrairement aux autres pavillons fours qui généralement sont dépourvus d’enceinte, celui-ci est entouré d’un espace aussi grand qu’un terrain de basketball. Ce terrain rectangulaire est circonscrit par des piliers et des haies afin de délimiter un enclos sacré. Pour accéder au four proprement dit, il faut franchir trois seuils. Bien entendu, en rendant ainsi le monument moins accessible, l’architecte voulait souligner l’aspect sacré de l’édifice. Le four se trouve tout au fond de ce petit parc sur une base carrée d’environ un mètre de haut entourée de balustrades. Là aussi, il s’agit d’un arrangement visant à susciter le respect des visiteurs.

L’entrée de l’enclos du pavillon four de Longtan (photo : wikimedia)

       Sa forme évoquant un mini pavillon de deux mètres de haut, le four dispose de trois niveaux : la partie octogonale en bas pour recevoir les cendres, la partie carrée au milieu pour brûler le papier ainsi que la partie hexagonale supérieure pour conduire la fumée vers la cheminée en forme de gourde. Bien sûr, les formes géométriques de chaque étage ont leur signification. Le carré représente les quatre points cardinaux. L’hexagone évoque les six phénomès météorologiques définis par les taoïstes. Le pavillon dispose aussi de sculptures sur tous ses côtés, représentant soit des phrases poétiques soit des animaux de bon augure. Nous trouvons ainsi un lion serrant une épée par la gueule, une licorne chinoise crachant un livre, ou encore un phoenix portant quelques livres au bec à l’aide d’une corde.

Licorne chinoise (photo : wikimedia)

       A quelques mètres devant le four ont été installés deux autels pour les rites religieux : le plus proche du four servait à étaler les offrandes et le plus éloigné à déposer les accessoires de cérémonie. Ces installations nous font penser aux temples. Ce qui est très intéressant à observer est la présence de plusieurs sculptures en pierre de deux mètres de haut représentant de grands pinceaux chinois pointés vers le ciel, outils autrefois indispensables pour écrire.

Scuptures représentant les pinceaux chinois (photo : wikimedia)