Rupture diplomatique: Taiwan voit le Salvador opter pour la Chine

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Rupture diplomatique Taiwan Salvador (photo CNA)

Taiwan a annoncé aujourd’hui qu’il mettait un terme aux relations diplomatiques avec le Salvador, allié d’Amérique centrale depuis 1933 qui s’est rapproché de la Chine ces derniers mois. Le Chef de la diplomatie Joseph Wu (吳釗燮) a convoqué la presse ce matin pour annoncer la rupture en précisant que Taipei ne pouvait ni ne voulait répondre aux exigences financières astronomiques du Salvador.

Le Salvador devient ainsi le 5e allié de Taiwan à quitter le bercail et faire allégeance à Pékin depuis l’entré en fonction de la Présidente Tsai Ing-wen en mai 2016. Sao Tomé en 2016, puis le Panama l’an dernier, la République dominicaine et le Burkina Faso avaient été les derniers pays en date en mai dernier à changer de partenaire diplomatique en faveur de la Chine communiste.

Le chef de la diplomatie Joseph Wu annonce la rupture diplomatique avec le Salvador (photo RTI)

Le projet de développement du port La Union au cœur de la rupture

Le Chef de la diplomatie a précisé que le Salvador a demandé à plusieurs reprises de nouveaux financements de Taiwan, notamment pour des projets d’infrastructures comme le projet de développement du port de La Union. Cela dit, la somme astronomique demandée, selon la diplomatie taiwanaise, ne correspond ni aux besoins réels du projet, ni à une feuille de route clairement établie. La délégation en prospection en juillet dernier avait qualifié d’irréalisable et de trop coûteux ce projet, refusant de le financer.

De source diplomatique et sous couvert d’anonymat, le montant de 4 milliards de dollars américains a été évoqué pour le seul développement du port La Union, le Salvador demandant un autre investissement de Taiwan de pas moins de 23 millions de dollars américains pour son projet de zone libre économique.

Taiwan ne finance pas les campagnes électorales

Plus encore l’administration Sanchez Ceren aurait demandé à Taiwan d’alimenter son fonds électoral… Autant d’aspects qu’un pays libre et démocratique comme Taiwan ne peut cautionner.

Taipei y voit bien évidemment l’ombre de Pékin derrière, comme un « prétexte » à engager la diplomatie du chéquier pour faire pression sur Taiwan sans chercher l’intérêt commun dans les coopérations en cours ni l’intérêt fondamental des habitants du Salvador.

Lors de la conférence de presse, le ministre des Affaires étrangères a confirmé que le Salvador était en pourparlers avec la Chine depuis le mois de juin et que c’est en vain que Taiwan a tenté de dissuader son allié depuis 85 ans, listant les risques à moyen et long terme et réitérant l’engagement de Taiwan. Aucune issue diplomatique n’était viable ni envisageable, d’où la décision d’acter la rupture ce matin, prenant les devants sur un prochain établissement de relations officielles entre Pékin et San Salvador survenu en effet quelques heures plus tard.

Le Président Ceren à la télévision, son ministre à Pékin

Au Salvador, le Président Sanchez Ceren a annoncé son changement de cap lors d’une allocution télévisée, suspendant tout lien diplomatique et commercial avec Taiwan pour entrer dans une reconnaissance plénière avec la République populaire de Chine, qualifiant ce changement de « nouveau pas dans la bonne direction, correspondant aux principes des lois internationales et qui permettra de garantir de grands bénéfices au Salvador. »
Quelques heures plus tard, le ministre des affaires étrangères du Salvador Carlos Castaneda était à Pékin et signait la reconnaissance officielle avec la Chine, nouveau « partenaire stratégique » de son pays : « Notre gouvernement prend cette décision afin de changer notre stature historique et d’élever notre niveau de vie. Nous espérons que nous pourrons apporter des bénéfices tangibles à nos citoyens et de l’espoir à tous ».

Les ministres des affaires étrangères chinois Wang Yi et salvadorien Carlos Castaneda signent la reconnaissance diplomatique entre leurs deux pays ce 21 août à Pékin (source Reuters, image Dazhi)

En attendant, l’opposition au Salvador dénonce une decision unilatérale sans concertation nationale en amont, ni aucune étude approfondie sur les conséquences d’une telle décision comme l’impact économique, etc.

Réactions, conséquences directes, gestion post-rupture

Retrouvez tous les détails du dossier de la rédaction dans le décryptage de ce mardi 21 août.