Taiwan commémore la seconde crise du détroit

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Le Nouveau Taipei commémore le 23 août 1958 en présence de ses vétérans (photo CNA)

Il y a soixante ans, jour pour jour, la petite île taiwanaise de Kinmen, au large des côtes chinoises, était le théâtre de ce que l’on appelle aujourd’hui la seconde crise du détroit de Taiwan.

obus de Kinmen (photo RTI)

En deux heures à peine, une pluie de plus de 57 000 obus s’abattaient sur cet archipel, 1e ligne de défense de Taiwan depuis le replis des troupes nationalistes du KMT battus par les communistes sur le continent en 1949, une pluie annonciatrice de bombardements incessants de 474 791 obus en 44 jours.

 

Pourquoi le 23 août 1958 ?

En réalité, la Chine populaire s’inquiétait d’une sortie de crise mondiale de la guerre froide avec la main tendue d’Einsenhower à Khrouchtnev vers un sommet apaisement. Mao Zedong choisit en effet de faire pression pour que le dossier de Taiwan ne soit pas oublié ni réduit à un rang inférieur par les Etats-Unis ou la Russie, d’où les lourds bombardements de l’artillerie chinoise principalement sur Kinmen mais aussi Matsu dans une moindre mesure.
Dès le début de ce nouveau conflit, les Etats-Unis déploient leur 7e flotte dans le détroit et dépêchent des renforts pour soutenir Taiwan et calmer les velléités chinoises. Les échanges armés et bombardements durent toutefois plusieurs semaines et Kinmen est à elle seule la cible de quasiment 1/2 million d’obus chinois durant cette deuxième crise du détroit qui s’achève par un cessez-le-feu sans véritable entente ni armistice en tant que tel.

Le USS Lexington dans le détroit de Taiwan en 1958 lors de la seconde crise du détroit (source image wikipedia)

Commémorations sous fonds de guerre froide interdétroit

Si le climat entre les deux rives a connu des hauts et des bas, il est à l’heure actuelle délétère et tendu avec l’étau chinois qui se resserre sérieusement sur Taiwan et cherche à effacer l’île du spectre de la communauté internationale, à l’instar de la « défection » de 5 alliés depuis l’arrivée de Tsai Ing-wen à la tête du pays, le Salvador étant le dernier en date avant-hier.

Tsai Ing-wen (photo : archive CNA)

Lors de son discours, la Présidente Tsai Ing-wen a d’ailleurs salué la bravoure des troupes dans la résistance du flot incessant des obus durant les 44 jours du conflit qui a vu plus de 460 soldats tomber dans les rangs taiwanais et sensiblement autant côté chinois. Un « courage qui a permis à Taiwan de développer aujourd’hui une société libre, démocratique et prospère », toujours selon les propos de la Chef de l’Etat.

A Kinmen, le ministre de la Défense Yen Teh-fa (嚴德發) a présidé une cérémonie de commémoration à hauteur des 60 ans de ce passé conflictuel pour saluer les héros taiwanais d’hier, conviant plus de 500 vétérans et famille de soldats ayant participé à la crise du détroit. En plus d’un moment rituel de recueillement, le ministre de la Défense a rendu un hommage appuyé aux militaires dont l’engagement d’aujourd’hui est tout aussi déterminé que celui des soldats du front de Kinmen il y a 60 ans : « Gardons à l’esprit l’histoire de cette bataille et préservons-en les valeurs fondamentales. Le célèbre calligraphe Yu Youren (于右任) a écrit le vers « il m’insupporte de voir notre passé être réduit en cendres » qui illustre parfaitement l’histoire de la seconde crise du détroit il y a 60 ans. Nous ne la laisserons pas tomber dans l’oubli avec le temps ou la distance. Tant qu’il y a une force de Défense, notre sécurité sera assurée. »

Yen Teh-fa (photo RTI)

Et pour Yen The-fa, même si les sourires et flashs des touristes ont remplacé les tirs d’artillerie sur l’archipel, il n’en demeure pas moins nécessaire pour la Défense taiwanaise de rester sur ses gardes et de se préparer en adoptant les nouvelles stratégies, technologies et en cherchant l’autonomie de la Défense pour assurer la sécurité nationale et l’intégrité territoriale.