L’accord Vatican-Chine est-il déjà caduc?

71
Célébration d'une messe à Taipei (image diocèse de Taipei)

Le monde entier a les yeux rivés sur l’accord « historique » bien que « provisoire » signé entre le Vatican et la Chine sur la nomination des évêques après des décennies d’inimitié.
Un accord dont la teneur n’a pas été entièrement dévoilée pour garder secrets les détails mais qui ouvre la voie à des discussions plus approfondies pour normaliser les relations bilatérales sur le long terme.

Si l’accord est strictement religieux et n’implique pas le volet politique, Taiwan suit tout de même attentivement l’évolution de la situation et oscille entre d’une part l’espoir de voir davantage de liberté religieuse en Chine par cet accord, lu du point de vue des droits de l’Homme et d’autre part le risque de voir s’altérer les relations diplomatiques officielles que nourrissent Taiwan et le Vatican depuis 76 ans.

La déclaration des évêques « officiels » chinois

De leur côté, les évêques officiels chinois ont publié un communiqué en réaction à cet accord provisoire. S’ils se prononcent d’une manière générale de manière favorable à cet accord, il n’en demeure pas moins que les évêques officiels font clairement « allégeance au parti et à la patrie avant de reconnaître l’autorité du pape. » selon eux, rien ni personne ne pourra mettre à mal leur nécessaire fidélité pour le développement de l’église chinoise. Ces évêques, hier excommuniés mais depuis l’accord provisoire réhabilités par le pape, estiment même que cet accord ne revient pas à « les remettre dans le rang ». Pour eux, il n’a de sens que s’il encourage le développement de l’église locale et permet aux fidèles de suivre leurs directives religieuses, réitérant haut et fort qu’il leur appartient à eux et eux seuls de guider « l’église de Chine, autonome et indépendante ».

Cette réaction de prime abord peut sembler comme en contradiction avec une certaine bonne volonté du gouvernement chinois dans cet accord provisoire signé avec le Vatican. Certains y voient déjà les limites d’un accord sinon rendu caduc du moins qui reste à confirmer, préciser et approfondir. Parmi les plus critiques de cet accord dans le monde chinois, on n’hésite d’ailleurs pas à dire que ce communiqué est l’œuvre stratégique de Pékin. Ainsi, d’une part le gouvernement chinois est vu comme prêt à dialoguer avec le Saint-Siège, et d’autre part il réaffirme via ses évêques « officiels » sa politique de refus d’ingérence d’une autorité extérieure dans ses affaires internes.

Cela dit, le Vatican n’est pas « naïf » au point de croire que tout va bien avec un simple accord comme l’a d’ailleurs rappelé le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège.

Ce qu’en pensent les catholiques taiwanais

Enfin, il est intéressant de noter que du côté des catholiques taïwanais, cet accord est plutôt bien perçu. Les chrétiens n’y voient pas un risque d’abandon de l’église vis-à-vis de Taiwan mais plutôt une opportunité d’unité des chrétiens chinois et une possible avancée vers plus de liberté religieuse sur le continent communiste. Certains restent bien sûr plus dubitatifs et craignent que sur le long terme cet accord provisoire – dont les deux parties ne cesse de répéter qu’il n’est que religieux – ne prenne un tour politique comme du reste la déclaration de la conférence épiscopale des évêques officielle chinois vient de le faire dans détour. Malgré cela, Taiwan espère une réelle avancée positive pour la population chinoise et préparait déjà le terrain en amont, au moins pour amortir « l’onde de choc » auprès des Taiwanais.

L’accord provisoire est strictement pastoral, pas politique

Il était attendu de longue date, annoncé à plusieurs reprises comme imminent, finalement, pour certains c’est comme la montagne qui accouche d’une souris avec cet accord préliminaire, qualifié de « provisoire ». Mais ne fût-il que de la taille d’une souris, il n’en demeure pas moins ô combien important sur plusieurs plans!
L’annonce historique du samedi 22 septembre d’un « accord provisoire sur la nomination des évêques » est comme le début d’une entente scellée après plusieurs décennies d’incompréhension et de refus de dialogue. Les premières tractations ont permis d’aplanir la route vers un véritable accord, encore à venir. Ce caractère provisoire n’est donc pas une sorte d’accord au rabais, faute de mieux.

L’ambition du Pape François est d’avancer vers la réconciliation des catholiques chinois divisés entre l’Eglise officielle contrôlée et dirigée par Pékin et l’Eglise souterraine fidèle au Vatican sans reconnaissance du pouvoir chinois. « L’espoir partagé est que l’accord puisse favoriser un processus de dialogue institutionnel fructueux et tourné vers l’avenir et puisse contribuer positivement à la vie de l’Eglise catholique en Chine, au bien commun du peuple chinois et à la paix dans le monde. » peut-on lire dans le communiqué du Vatican.

Et le secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Pietro Parolin précise qu’il s’agit d’un accord pastoral, sur le plan religieux, pas d’une entente politique. Voilà Taipei rassuré, bien que non mentionné. Pour Taiwan, on espère une réelle amélioration de la situation actuelle d’autant que Pékin n’a pas relâché ses pressions sur les communautés chrétiennes locales avec la fermeture de plusieurs lieux de culte, le retrait des croix des édifices religieux, l’interdiction aux moins de 18 ans de se rendre dans les églises de certaines régions, etc. sans mentionner les convocations policières ou arrestations…

C’est pour cela que le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, évêque émérite de Hong Kong, hostile à ce rapprochement, craint que l’accord n’accélère l’oppression contre les communautés fidèles au pape, donc contre l’Eglise souterraine, Pékin pouvant dorénavant étendre son contrôle sur le développement de l’Eglise tout en arguant son accord avec le Vatican, au moins de façade…

Tout reste à faire

Au final cet accord reste provisoire, préliminaire et apparemment limité quant à sa portée directe. Il faudra beaucoup de temps pour la Chine et le Vatican pour réussir à une véritable entente. Mais cette pierre posée est déjà une énorme avancée dans l’édifice du rapprochement bilatéral ce qui semblait encore impossible il y a quelques mois. Si la Chine semble avoir réussi à imposer un droit de regard sur la future nomination des évêques, l’approche de réconciliation voulue par le pape François est aussi amorcée. Et rien que ces deux aspects satisfont à l’heure actuelle les deux parties pour un accord encore une fois très limité pour le moment mais qui porte déjà en lui un symbole très fort et un rapprochement historique réel.