Le caractère 四: quatre

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En chinois, les chiffres de base sont relativement faciles. Le chiffre 1, qui est le caractère chinois le plus élémentaire, se brosse un seul trait, horizontal :  (yī). Pour obtenir deux, puis trois, il suffit d’ajouter une nouvelle unité . Donc deux traits horizontaux superposés pour « deux » et trois traits pour le chiffre « trois ». A partir de « quatre », cependant, les choses se compliquent légèrement. Un type d’écriture antique ajoutait un 4e trait : .

Cette forme a pour ainsi dire presque totalement disparu avec le temps. Le chiffre « quatre » s’écrit aujourd’hui comme ci-dessous et fait appel à un autre concept que voici :

Le caractère chinois  (sì) représente aujourd’hui l’idée d’une division ou plutôt d’un partage en deux parties : quatre, comme deux moitiés, c’est le symbole arithmétique par excellence des chiffres dits pairs, c’est-à-dire justement qu’ils sont divisibles par deux. A bien regarder la morphologie du caractère , on aperçoit un carré régulier avec deux traits à l’intérieur, partant de l’arête supérieure et se courbant l’un vers l’arête gauche, l’autre vers l’arête droite. On esquisse alors aisément une forme parfaitement symétrique, une sorte de pré-découpage offrant nos deux moitiés. En ce sens, le caractère  est le premier chiffre à se distinguer de l’unité. Il est important de concevoir que la base numérale n’est ainsi pas pensée de la même manière s’il s’agit d’un chiffre (ou nombre) pair ou impair.

Cela dit, plusieurs sinologues voient dans le caractère  une déformation du sinogramme  (húi) avec toujours le carré régulier mais un élément intérieur plus complexe que nos deux traits courbés. Ce qui ressemble à une petite échelle représenterait alors un bourgeon scindé en deux, puis en quatre. Puis, à force de temps, l’échelle aurait perdu un barreau, puis deux pour ne plus garder que deux petits traits, comme dans le caractère  actuellement usité. Toujours est-il que le caractère 四 reste intimement lié à cette idée de dichotomie, de séparation pour laisser émerger une chose nouvelle : le chiffre pair basique caché derrière le premier chiffre de base écrit de manière plus complexe que le nombre de traits lui correspondant couchés les uns au-dessus des autres.