L’aéroport de Hengchun

55
Aéroport de Hengchun (photo Wikimedia commons)

Le petit aéroport de Hengchun, à l’extrême sud de Taiwan, dans le comté de Pingtung, fait tout son possible pour rester ouvert, malgré une très faible fréquentation. Le bureau de l’aviation civile a décidé en avril 2019 de prolonger ses opérations sur la base d’un modèle expérimental de deux ans reconduits dans l’espoir de desservir des vols charters internationaux.

Cette décision représente un coût puisque pour garder ce petit aéroport ouvert, il faut un budget annuel de plus de 25 millions de dollars taiwanais, soit l’équivalent de 710 000 euros.

A l’origine, l’aéroport était une installation militaire, la piste construite datant de la période de domination coloniale japonaise. Et ce n’est qu’en 2004 que l’aéroport a été converti en aéroport civil, passant sous l’égide du bureau de l’aviation civile et sous la gestion des autorités locales, dans le but de stimuler le développement régional et le tourisme de la pointe sud de Taiwan. Cependant, 10 ans plus tard, en septembre 2014, le nombre extrêmement faible de passagers et les vents forts saisonniers sur la péninsule de Hengchun rendant les décollages et atterrissages dangereux en pleine saison touristique, ont finalement conduit à la fermeture de l’aéroport dans un comté déjà peu desservi par les transports.

Aéroport de Hengchun (photo wikimedia commons)

Après cette fermeture, l’aéroport est d’ailleurs rapidement devenu un sujet de dérision publique et de raillerie, le voyant rebaptisé de « aéroport fantôme » ou « éléphant blanc ». Ouvert, l’aéroport ne fait pas le plein, loin de là mais les autorités locales ont vite observé qu’un aéroport peu ou pas rentable était toutefois préférable à pas d’aéroport du tout. C’est ainsi qu’en mars 2017, l’aéroport militaire au départ devenu civil avant de fermer envisage de reprendre du service en postulant au titre d’aéroport international pour accueillir des vols charters, ce qui a été accordé pour une durée test de deux années.

Malgré le peu de demandes, le comté a demandé à prolonger la formule, ce qui vient d’être accepté par le bureau de l’aviation civile qui donne donc à l’aéroport international de Hengchun un sursis, une « durée de vie expérimentale de deux années supplémentaires. »

Cela dit, pour attirer les vols charters internationaux, l’écrin de Hengchun est certes touristiquement alléchant, mais l’équipement de l’aéroport ne répond pas aux demandes, la plupart des compagnies intéressées ayant besoin d’une piste plus longue et élargie aussi pour correspondre aux standards internationaux de sécurité aérienne.

Académie de vol APEX sur la piste de Hengchun (photo Tsai Tsung-hsien, source Liberty Times)

En attendant, Hengchun abrite l’académie de vol Apex, la seule école de formation au pilotage de Taiwan qui loue régulièrement la piste de Hengchun.

Maintenir l’aéroport ouvert coûte donc cher mais permet de garder un espoir de visiteurs dans la région et d’emploi pour les 12 personnes qui y travaillent avec les contrôleurs aériens et les pompiers.

Le directeur de l’aéroport Li Tsung-wen (李聰文) fait les yeux doux aux compagnies pour tenter d’attirer de nouvelles opportunités. A ses heures de gloire, l’aéroport de Hengchun accueillait trois compagnies locales assurant la liaison Taipei-Hengchun pour n’en avoir plus qu’une au bout de deux ans, faute de rentabilité…