Des maisons en forme de soucoupe volante au village de Wanli

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Source : Flickr de Gozzle J.

Dans la pierre de la semaine du 8 juin 2019, nous vous avions fait découvrir des soucoupes volantes et un habitat futuriste tels qu’imaginés dans les années 60 et 70. Une époque durant laquelle le monde se livrait une véritable course vers l’espace. Retrouvez-ici la version écrite de l’émission ainsi que quelques images.

Pour voir des soucoupes volantes, pas besoin de scruter le ciel, il suffit de se rendre sur la côte nord de Taïwan, au sud du géoparc de Yehliu (野柳地質公園), bien connu pour son rocher en forme de visage de reine. Le Wanli UFO village (萬里飛碟屋) attire de nombreux touristes ou curieux qui viennent se prendre en photo devant des bâtiments à l’architecture singulière.

Une promenade dans le Wanli UFO village, permet de se retrouver nez à nez avec un peu plus d’une dizaine de maisons en forme de soucoupes volantes et d’autres ressemblant fortement à des morceaux de navette spatiale.

Il s’agit en fait d’une ancienne destination touristique ayant vu le jour dans les années 80. Une époque, durant laquelle le tourisme s’est fortement développé. On parlait même du miracle taiwanais pour qualifier les chiffres de la croissance du pays. De nombreux hôtels de luxe et des stations touristiques furent construits pour accompagner les nombreux touristes. Mais avec le temps, l’économie commença à montrer des signes de faiblesse et de nombreux  hôtels tombèrent à l’abandon. C’est ce qui s’est passé dans le village de Wanli.

Le porteur du projet était un ancien membre du gouvernement nationaliste arrivé après la seconde guerre mondiale à Taiwan. Reconverti en entrepreneur, il a fait fortune en vendant divers produits, notamment destinés aux Américains assurant la défense dans la région. Dans les années 80, il décida lui aussi de tenter sa chance dans l’hôtellerie. A l’époque, les hôtels en bord de mer n’étaient pas légion. Et pour cause, de peur d’invasion, le littoral était interdit d’accès. Usant de ses contacts, il réussit à faire autoriser la construction d’un hôtel en bord de mer. Par contre, difficile de savoir précisément ce qui a poussé à ce choix d’architecture spatiale, mais on peut supposer une volonté de démarcation et une envie de modernité. Cela ne permit pas au village de traverser les âges. Il ne résista pas à la diminution de l’afflux des touristes. On peut aussi questionner la pertinence d’un tel projet dans le contexte d’un littoral très contrôlé par l’armée. Rajoutons que culturellement, le tourisme balnéaire n’était et n’est toujours pas quelque chose de très développé à Taiwan. Ajoutons aussi que la plage n’était pas très propice à la baignade, la présence de typhons l’été, des étés d’ailleurs très chauds, des hivers pluvieux et certaines croyances locales, notamment en août, mois des fantômes, durant lequel il est déconseillé de se baigner sous peine d’être emmené au fond de l’eau… Il semblait ainsi difficile d’envisager une longue prospérité d’un hôtel de bord de mer.

Revenons aux soucoupes qu’on peut apercevoir dans le village de Wanli. Elles seraient en fait des copies de maisons préfabriquées imaginées à l’origine par l’architecte Finlandais Matti Suuronen. Les deux types de constructions présentes sur le site sont respectivement nommées les maisons Futuro et les maisons Venturo.

Source : Flickr True British metal

Les maisons Futuro, en forme de soucoupe, furent produites à environ une centaine d’exemplaires entre les années 60 et 70. Leur forme atypique de soucoupe volante, leurs fenêtres ovales et leur entrée principale en SAS d’avion ne laissent pas indifférents. Imaginées en plein boom économique, ces constructions devaient servir à l’origine aux stations de ski, et devaient servir d’habitat très modulable. En effet, ces préfabriqués devaient pouvoir être installés sur n’importe quel type de terrain et surtout déplaçables. Les maisons Futuros sont démontables et remontables en deux jours, et installables dans un espace d’environ 3 mètres de haut et de 8 mètres de large. Leur conception est intéressante. Elles étaient constituées de 16 pièces préfabriquées en polyester renforcé de fibre de verre. Ce qui rendait les maisons particulièrement légères, pour être même transportable en hélicoptère. Ce matériaux thermodurcissable est aussi très efficace pour emmagasiner de la chaleur, un facteur majeur pour les chalets. Les maisons reposent enfin sur un cadre en acier qui peut-être éventuellement fixé sur des piliers en béton.

Source : Flickr True British metal

L’architecte avait aussi dessiné l’intérieur dans un soucis de modularité et d’adaptabilité. D’environ 50m², les maisons disposaient de tout le confort moderne : salle de bain, cuisine, chambre et salon. Il avait aussi pensé des éléments de mobiliers de maison dans le même style futuriste. Les courbes des maisons rendaient d’ailleurs difficile de faire sans ce mobilier sur mesure…

Concernant leur modèle économique, elles étaient destinées à être produites en masse. Mais du fait de la situation économique du début des années 70, dont un prix du pétrole très élevé, leur construction et transport devinrent extrêmement coûteux. Elles furent alors proposées comme habitat bon marché mais sans réel succès. Au final moins d’une centaine furent produites. On estime qu’une soixantaine sont toujours visibles dans le monde. Leur style inimitable a notamment attiré des collectionneurs et des musées. On en trouve par exemple aux Etats-Unis, mais aussi dans des lieux insolites comme l’Antarctique. La plus grande concentration de ce style de maisons est à Taiwan, au nombre de 12.

Les autres maisons visibles sur le site sont appelées les maisons Venturo. Elles furent aussi considérées comme très avant-gardistes à l’époque de leur production. D’environ 45m², elles étaient de forme rectangulaire mais avec des lignes et des courbes très marquées, brisant les angles droits. Elles se composaient de 7 pièces et étaient faites en plastique renforcé de fibre de verre, mais aussi de verre, de bois et métal. Elles étaient, sur le même modèle, destinées à être produites en masse, et déplaçables. Elles furent encore moins produites que les maisons futuros. Seules 19 Venturo sortirent d’usine et on estime que moins d’une dizaine existent encore dans le monde.

Source : Flickr de Gozzle J.

Mais les maisons du village de Wanli sont-elles de vraies Futuro ou Venturo ? A l’instar de nos amis extra-terrestres, il subsiste un mystère les concernant. Il semblerait qu’elles ne soient pas signées de Matti Suroonen. Elles furent en effet construites dans les années 80 alors que l’architecte finlandais avait déjà arrêté leur production… Le mystère reste entier.

Pour conclure, si l’architecture de ces maisons est insolite, leur histoire l’est tout autant. Elles sont d’importants témoins d’une vision passée, notamment celle d’un futur fantasmé, fait d’espace, de voitures volantes et de vie sur mars . Sans la crise économique peut-être vivrions-nous aussi dans des soucoupes. Mais en attendant de savoir de ce que demain sera fait, si vous rêvez d’aventure spatiale, vous pouvez déjà vous rendre à Taiwan.