Décryptage : la politique d’enseignement des langues d’ASE en primaire à l’épreuve du réel – Entretien avec Huang Chun-jie

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Huang Chun-jie (黃俊杰), directeur de l’école Chenggong (成功國小), est notre invité du jour

L’école primaire du village de Houlong (後龍) est située à à peine 100 mètres de la mer, dans le comté de Miaoli, dans un village de pêcheurs où le poisson est devenu très rare, créant il y a plusieurs années un exode rural important. Mais l’arrivée des « nouveaux résidents », souvent des femmes d’Asie du Sud-Est et, en l’occurrence, des épouses vietnamiennes pour la majorité, a peu à peu repeuplé le village, mais aussi l’école avec des élèves dits de la « deuxième génération de nouveaux résidents ».

Huang Chun-jie (黃俊杰), directeur de l’école Chenggong (成功國小), que l’on pourrait traduire par « école de la réussite » en français, a enseigné dans cette école en tant qu’instituteur il y a une vingtaine d’années. Sensible à la situation si particulière des mères vietnamiennes de l’école, il a commencé à leur enseigner le chinois avec la volonté de faciliter leur intégration à la société taiwanaise.

Aujourd’hui, la situation s’est inversée puisque ce sont les enfants de ces mêmes femmes à qui Monsieur Huang a affaire. Ces enfants, qui ont pour la plupart un père taiwanais et parlent très bien le chinois et le taiwanais, voire le hakka. Monsieur Huang s’est rendu compte que, de manière surprenante, ces élèves étaient en général incapables de parler la langue de leur mère.

Conscient de la richesse que peut apporter une double culture à la construction de la personnalité, mais aussi du potentiel pour Taiwan de former des citoyens polyglottes, Huang Chun-jie a eut l’idée d’enseigner le vietnamien dans son écoles, dans un premier temps à travers deux sessions par semaine de cours de chant en vietnamien, obligatoires pour tous les élèves, puis dans un second temps avec deux heures de cours optionnels, comprenant un enseignement de la langue mais aussi des aspects historiques et culturels.

On pourrait penser que l’initiative de Monsieur Huang ravit des mères vietnamiennes. Et pourtant, le directeur nous a expliqué que les cours ne reçoivent pas l’accueil escompté, et que cette réaction est intimement liée à la place des épouses vietnamiennes au sein de leur couple et de leur famille.

En plus d’encourager ces femmes à s’emparer de leur rôle de mère, Monsieur Huang nous apporte son regard critique sur la politique gouvernementale qui consiste à proposer, dès la rentrée 2019, des cours de langues d’Asie du Sud-Est aux élèves de primaire et de collège.