Persécution religieuse en Chine : Récit exclusif d’une famille chrétienne en transit à Taiwan

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(Image : RTI)

C’était en décembre de l’année dernière dans la ville de Chengdu, dans la province chinoise du Sichuan. Plusieurs groupes de policiers interpellent plusieurs dizaines de chrétiens d’une même église, sur place, aux domiciles ou encore dans la rue.

La Early Rain Covenant Church (en français « Eglise de l’Alliance de la pluie précoce »/成都秋雨之福教会) est une église protestante calviniste qui a fait ses débuts en 2006 avec des réunions de petits groupes, aux domiciles des croyants. C’est alors ce qu’on appelle en Chine, ou même ailleurs dans le monde, une « église de maison ». Les fidèles créent ensuite une église indépendante en 2008, avec seulement 63 membres selon China Partnerships, et élisent un nouveau pasteur, un ancien avocat de droits de l’homme du nom de Wang Yi (王怡) converti quelques années auparavant. L’église compte actuellement entre 500 et 750 membres selon les chiffres, avec six autres églises implantées à Chengdu et dans les environs.

La Early Rain Covenant Church connaît depuis plus de sept mois une forte persécution. Selon China Partnerships, qui donne régulièrement des nouvelles de l’église, 200 membres auraient été arrêtés depuis le 9 décembre 2018, dont la majorité ont été interrogés et, par la suite, relâchés.

C’est le cas de la femme du pasteur, Jiang Rong (蔣蓉), qui a été libérée sous caution en juin dernier, après un peu plus de six mois de détention. Son mari, lui, reste toujours derrière les barreaux. Il est accusé d’incitation à la subversion de l’Etat, et risque 15 ans de prison. Mais sa détention pourrait être très longue, pusique le pasteur a affirmé, dans une « déclaration de désobéissance fidèle » qui devait être rendue publique si sa détention devait durer plus de 48h, qu’il ne ferait aucun aveu, ne signerait aucun document même sous la torture et continuerait d’annoncer l’évangile partout où il en aurait l’occasion.

La famille de Liao Qiang (廖強), qui comprend six membres de cette église, s’est rendue à Taiwan le mois dernier sous couvert de soins médicaux, via un visa touristique médical, mais n’avait pas l’intention de rentrer chez eux. L’absence de loi sur les réfugiés à Taiwan fait du pays un lieu de transit plutôt que d’asile, et la famille Liao a choisi de faire une demande d’asile politique auprès des Etats-Unis.

La famille reçoit actuellement l’assistance de l’Association taiwanaise pour les Droits de l’homme. Et la famille a des raisons de croire que toutes les chances sont de son côté. En effet en 2006, Wang Yi, alors tout jeune converti mais déjà une figure reconnue des églises souterraines chinoises, avait fait partie de la délégation de chrétiens chinois partis aux Etats-Unis pour rencontrer le président Bush et discuter du sort des chrétiens persécutés.

Pour l’instant, Taiwan ne peut servir que d’abri temporaire, de lieu de transit. Liao Qiang nous confie que le pasteur Bob Fu (傅希秋), fondateur de China Aid, a déjà adressé une lettre de recommandation les concernant au Congrès américain.

Pour la revue Asie-Pacifique de cette semaine, RTI est allée dans une église du nord de Taipei à la rencontre de cette famille afin d’en savoir un peu plus sur la condition des chrétiens en Chine et sur les raisons qui ont décidé les Liao à entreprendre ce voyage de non retour.