Le savoir-faire climatique pour lutter contre les catastrophes agricoles

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Le typhon Prapiroon continue de prendre de l'ampleur (photo : bureau central de météorologie)

A l’ère ou le monde entier se focalise sur la pandémie du COVID-19, la menace des dérèglements climatiques subie par le secteur agricole reste constante. En 2018, les pertes liées aux catastrophes naturelles agricoles s’élevaient à 5 milliards de dollars taiwanais, soit 153 millions d’euros. Ces pertes sont encore plus importantes en 2016 l’année où Taiwan a connu des vagues de froid au début de l’année et des pluies diluviennes en été. En cette année-là, les pertes agricoles étaient cinq fois plus importantes.

Taiwan a confié le travail de lutte contre l’impact des changements climatiques sur la production agricole au laboratoire sur le climat agricole et l’ingénierie des installations dépendant de l’institut de recherche agricole. Les recherches du laboratoire s’organisent en fonction de trois axes : le climat et les préventions contre les catastrophes, le changement politique et les politiques d’ajustement et les infrastructures agricoles.

Dans ce cadre, Taiwan a installé 131 stations d’observation météorologique agricole entre 2016 et 2019 réparties dans les régions agricoles taiwanaises. Ces stations d’observation fournissent des données concernant la température, l’humidité relative, la vitesse et l’orientation de vent, les précipitations des zones de production des cultures principales.

Comment ces données météorologiques peuvent aider les agriculteurs ?
Yao Ming-Hwi (姚銘輝), directeur du laboratoire sur le climat agricole et l’ingénierie des installations, donne l’exemple de la culture des taros en cas de typhon. Pour que les taros ne soient pas coupés par le vent, les agriculteurs coupent toujours les feuilles de taro à l’approche du typhon. Yao Ming-hwi précise que « les agriculteurs se demandent toujours quel est le moment approprié pour couper les feuilles, surtout à une époque où les typhons changent souvent de direction à la dernière minute, ces dernières années. » Pour lui, c’est une question de données scientifiques, pour les agriculteurs c’est « une grande préoccupation ». Le laboratoire a travaillé ainsi avec les agriculteurs pour définir un protocole de travail avec une faible marge d’erreur.

Une adaptation difficile pour le monde agricole
Pour que les prévisions météorologiques servent à aider le secteur agricole, les fermiers ont exigé l’installation gratuite des stations d’observation dans un premier temps. Chaque station nécessite environ 350 000 dollars taiwanais (10 000 euros). Néanmoins, une fois les stations installées, rares étaient des agriculteurs qui sollicitaient des données météorologiques. Pour améliorer l’utilisation des données, le laboratoire a mis en place une coopération avec les regroupements des agriculteurs pour la vente et la promotion des produits agricoles. Après subvention publique, chaque regroupement prend en charge environ un tiers des frais d’installations à partager entre les agriculteurs. Les données météorologiques servent d’une part aux autorités agricoles pour évaluer les indemnisations en cas de catastrophes naturelles et d’autres parts aux regroupements agricoles pour mieux gérer la culture agricole en cas d’approche d’une catastrophe naturelle. Yao Ming-Hwi a précisé que cette formation de participation des agriculteurs a augmenté la volonté et la capacité de prévention autonome des agriculteurs face aux catastrophes naturelles.

Une Application pour faciliter l’utilisation des données de prévisions
En mai 2018, le laboratoire sur le climat agricole et l’ingénierie des installations a développé l’APP « Système d’alerte de catastrophes naturelles » avec le bureau central de la météorologie, le centre national des sciences et des technologies pour la lutte contre les catastrophes et les différentes stations de recherches agricoles. En plus des données prélevées par les 131 stations d’observation, l’application fournit également les données météorologiques et celles des pertes enregistrées des années précédentes réparties selon les zones géographiques pour mieux informer les agriculteurs. Les alertes sont classées en trois niveaux pour différentes régions que les agriculteurs peuvent consulter à tout moment à l’approche d’une catastrophe naturelle comme les typhons par exemple.