Le rire médecin se propage par écran interposé pendant le Covid-19

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Médecin au nez rouge même derrière un écran (photo RTI)

Le sourire n’a pas de prix et rien ne saura l’arrêter. C’est un peu la devise des médecins au nez rouge qui prennent de leur temps pour rendre visite aux enfants hospitalisés et leur faire oublier, le temps d’un sketch ou d’un échange leur maladie.
Oui mais voilà… Covid-19 oblige, leur action s’est retrouvée très limitée… Ne pouvant pas se rendre directement devant les enfants malades, les médecins au nez rouge ont trouvé la parade puisqu’ils ont carrément construit leur propre studio pour préparer des interactions vidéos en ligne.

Quand la salle de répétition se transforme en mini-studio

Un peu de ménage, on enfile le nez rouge et c’est parti !
La salle habituellement réservée aux répétitions des médecins de l’association change de décor pour afficher des allures de mini-studio. Le médecin au nez rouge apparaît sur scène. Pas de public physique mais des enfants hospitalisés qui les suivent de l’autre côté de leur écran. Le rire est toujours là, qui remplit les cœurs à défaut de meubler la salle. Peu importe, pour rien au monde ils n’auraient raté le rendez-vous, ni les enfants, ni les médecins-clowns qui gardent à cœur leur mission de garder le sourire et le transmettre au cœur du traitement médical.

Un espace plus limité mais une plus grande liberté des accessoires

Les représentations ont dû être entièrement repensées ou presque à la situation. A commencer par un défi de taille : celui de s’adapter à la nouvelle scène qu’il fallait désormais penser comme une fenêtre, de la taille d’un écran de smartphone ou de tablette… Devant la caméra, les acteurs bénévoles de l’association des médecins clowns ont cherché leurs repères avec moins de maîtrise de l’environnement de la salle mais toujours en devant apporter sourire et joie aux enfants. Un vrai défi pour Wu Si-rui (吳思瑞) qui joue le rôle de Shrek : « En fait, nous ne pouvons voir que son visage, on ne voit pas le reste de son corps. Du coup, la seule chose que nous arrivons à percevoir dans cette interaction, c’est son expression faciale. A cela s’ajoute le fait qu’il peut y avoir un décalage. Nous avons parfois besoin de plus de temps pour que les enfants réagissent et trouver quoi faire en attendant leur réaction qui tarde peut-être à cause d’un décalage dans la transmission sans pour autant arrêter notre représentation ni enchaîner trop vite pour qu’ils aient le temps de participer. »

Un des avantages de ces formats vidéos pour les acteurs bénévoles, c’est que leur matériel et accessoires n’ont pas besoin d’être désinfecté et stérilisé à chaque reprise puisqu’ils ne voyagent plus de chambre en chambre ni ne se rendent à l’hôpital. Plus encore, ils peuvent se permettre de faire voler tel ou tel attirail, ce qui est complexe en structure hospitalière, selon Chen Jing-hsuan (陳敬萱) : « Lors de nos représentations à l’hôpital, nous avions toujours peur que les accessoires tombent à même le sol parce qu’il faut les désinfecter immédiatement quand àa arrive. Si les enfants les touchent, nous devons aussi les désinfecter aussitôt. Du coup, cette prudence de tous les instants pesait parfois. Mais dans ce format vidao, nous sommes très libres, nous pouvons même faire voler un objet, le lancer, etc… ce qui reste très difficile à l’hôpital. »

Connaître la situation de l’enfant pour déterminer le type de représentation

Les bénévoles de l’association doivent s’entraîner pour chaque représentation, sachant que leur vidéo de sketch ne peut pas être la même d’un enfant à l’autre. En effet, ils cherchent d’abord à connaître la situation médicale de l’enfant et comment il va, pour adapter au mieux leur approche et réussir à lui apporter un peu de joie et lui transmettre ce sourire si cher à nos médecins-clowns. D’ailleurs, pour Wu Si-rui, il s’agit-là d’une approche capitale : « En plus de nous renseigner sur la maladie de chaque enfant et son évolution, nous cherchons à connaître son humeur du moment. Comment va-t-il ? Est-ce que la maladie se développe de nouveau ? Est-il plus sujet à pleurer ? Ce sont autant d’informations importantes que nous devons intégrer et prendre en considération. »

De son côté, Chen Jing-hsuan ajoute que ce travail préparatoire délicat en amont ne vise pas à mettre en valeur leur talent d’acteur, mais à chercher la meilleure formule pour chaque enfant, lui fournir le confort dont il a besoin alors qu’il est malade. Et cela passe parfois par une simple chansonnette anodine : « Il nous arrive de jouer un petit air pour quelqu’un de l’unité de soins intensifs. Nous avons chanté une petite chanson avec le nom de l’enfant. La seule réponse que nous pouvions ressentir était le rythme cardiaque qui s’est légèrement accéléré sur le moniteur avant de redevenir plus lent après la chanson. Nous savons qu’il l’a entendue et même si cette interaction était très limitée et infime, pour nous c’est un précieux retour. »

L’association Red Nose rend visite virtuellement aux enfants malades (photo RTI)

Les médecins-clowns à Taiwan introduits depuis la France

En juillet 2015, le rire médecin arrive à Taiwan grâce à Ma Chao-chi (馬照琪), directrice artistique de la compagnie Théâtre de la Sardine qui coopère avec l’association Red Nose qu’elle dirige également pour apporter joie et réconfort aux enfants malades et à leurs familles.