Semi-conducteurs : est-ce que TSMC sera un jour détrôné ? La force de l’écosystème taiwanais

  • 17-02-2021
représentation semi-conducteurs (photo unspash)

Le secteur des semi-conducteurs est un des secteurs clés de l’économie taiwanaise. A Taiwan ce n’est pas seulement un secteur où Taiwan Semiconductors Manufacturing Company (TSMC) excelle mais aussi tout l’écosystème de haute-technologie créé autour de cette activité.

L’avancée technologique acquise par le groupe spécialisé dans les puces électroniques est désormais considérable puisque c’est un domaine qui a été délaissé par beaucoup de fabricants et dans lequel TSMC a su, au moment opportun, se spécialiser et suivre le besoin de progrès technologique spécifique du secteur. TSMC est loin devant en ce qui concerne la qualité et le respect du calendrier de livraison, même si les circonstances récentes laissent penser le contraire avec le problème de transport et des fournisseurs qui ne concerne pas que les fabricants taiwanais mais aussi l'ensemble du secteur. Mais est-ce que TSMC pourra rester à la tête encore longtemps? Malgré une avance considérable de TSMC, la Chine, mais surtout les Etats-Unis et encore plus la Corée du Sud essaient encore de rester accroché au wagon, plutôt juteux, du semi-conducteur. Mais l’avance prise ne se résume pas seulement à une seule entreprise, mais aussi à tout l’écosystème créé autour du « roi du semi ».

 

Que représente le secteur des semi-conducteurs à Taiwan ?

En 2020, la part de marché des acteurs taïwanais dans l’industrie des semi-conducteurs atteignait 75,7% dans la fonderie, 56,7% dans l’emballage et les tests et 19,3% dans la conception pour un total dépassant largement les 50% de part de marché. Compte tenu de son leadership dans les deux premiers secteurs d’activité et de l’avance technologique de TSMC, Taïwan est un acteur central de cette industrie stratégique. Ses principaux donneurs d’ordres sont américains (39,9%), chinois (28,9%) et européens (5,5%). Ce leadership s’est renforcé dans le contexte de la guerre commerciale sino-américaine. Mais la question se pose toujours de savoir si TSMC continuera à conserver ce leadership dans les années à venir. Selon Ray Yang (楊瑞臨), directeur du département international des industries à l’Institut de recherche en technologie industrielle (ITRI), la concurrence reste loin derrière : « Tout le monde le sait pertinemment, l’Europe et le Japon ne sont plus dans la course, il ne reste apparemment plus que Taiwan et la Corée du Sud sur la scène des semi-conducteurs. Même la Corée du Sud et les Etats-Unis sont à la peine. Pour les Etats-Unis, comme le Japon et l’Europe, ils doivent faire appel à des coopérations dans leur processus de fabrication, que ce soit avec Taiwan ou la Corée du Sud, la Chine est également hors-course. »

 

Un écosystème performant et complet

Et quand Ray Yang parle des coopérations internationales nécessaires aux autres pays, c’est exactement la principale force de Taiwan, de TSMC et ses partenaires locaux. Taïwan dispose d’un écosystème complet avec des acteurs de dimension mondiale sur l’ensemble de la filière, de la fonderie avec TSMC, UMC, Nanya, Winbond et Powerchip, à l’emballage et aux tests avec ASE, SPIL, PTI, KYEC ou Chipbond, tout en passant par la conception avecMediatek, Novatek, Realtek, PHISON et Himax.

Fin 2019, la filière des semi-conducteurs taïwanaise comptait 238 sociétés de design, 15 sociétés spécialisées dans la production, 37 dans l’emballage et les tests, 6 fournisseurs de substrat, 11 fabricants de disques en silicone, 3 fabricants de masques et 4 sociétés spécialisées dans les grilles de connexion. Cet écosystème est très intégré dans ceux, très développés à Taïwan de la machine-outil, de l’électronique, de la chimie, des télécommunications et de l’informatique. Taiwan Semiconductor Manufacturing Co. (TSMC) qui représente à lui seul 49% du marché de la fonderie des semi-conducteurs a conservé à Taïwan 90% de sa capacité de production  avec 13 millions de disques silicones de 12 pouces. Le reste de la production se répartissant entre la Chine (6%), Singapour (2%) et les USA (2%).

 

Une situation géopolitque favorable

La mise en oeuvre, effective à  compter du 15 septembre 2020 dernier, des sanctions du département du commerce américain à l’encontre de Huawei Technologies et de ses filiales a entrainé une forte augmentation des commandes de l’équipementier chinois à TSMC au cours des mois précédents. Les exportations taïwanaises vers la Chine ont ainsi enregistré une hausse de 14,6% en 2020, la Chine représentant 43,9% du total des exportations taïwanaises.

Par ailleurs, l’administration Trump a promu en août 2020 le concept de « clean network » dans le cadre du déploiement des réseaux 5G ce qui a favorisé la demande externe adressée à Taïwan dans le secteur des TIC et des semi-conducteurs. En 2020, les exportations taïwanaises vers les USA ont ainsi augmenté de 9,3%. Compte tenu des enjeux stratégiques que représente cette industrie et de l’avance technologique de TSMC, le gouvernement américain l’a invité à investir sur leur territoire. En mai 2020, TSMC a annoncé un investissement de 12 milliards de dollars américains dans une usine de puces 5 nanomètres dans l’Arizona à partir de 2021.

Dans ce cadre la ministre de l’Economie, Wang Mei-hua (王美花), explique les retours qu’elle a pu recevoir des principaux acteurs du secteur concernant les futures coopérations entre Taiwan et les Etats-Unis : « Les industriels ont évoqué certaines politiques et ont donné certains conseils. Concernant les politiques ils ont soulevé qu’avec la coopération actuelle entre Taiwan et les Etats-Unis l’augmentation des investissements était nécessaire dans la recherche et développement et la formation de talents. Ils espèrent particulièrement l’intensification des échanges de talents entre Taiwan et les Etats-Unis. »

Les revenus de cette industrie à Taïwan ont représenté 86,3 milliards de dollars américains soit une augmentation d’1,7% en 2019.  

Dans le détail, le design représente 22,4 milliards de dollars américains avec une hausse de 8%, les activités manufacturières représentent 47,6 milliards de dollars américains avec une baisse de 0,9% dont 42,5 milliards de dollars américains pour la fonderie, qui augmente de 2,1% et 5,2 milliards de dollars américains pour les mémoires qui baissent de 20,4%. Pour l’emballage, le marché représente t 11,2 milliards de dollars américains, en hausse de 0,5% et enfin les tests ont créé un revenu de 5 milliards de dollars américains avec une hausse de 4% en 2019.

Selon les prévisions de l’ITRI, le chiffre d’affaires de cette industrie devait atteindre 91 milliards de dollars américains en 2020 avec une hausse prévue de 5,5%.

La valeur ajoutée cumulée des secteurs du design de la fonderie et des tests et emballage représentait 8,5% du PIB taïwanais en 2019. Cette filière emploie 225 000 personnes à Taïwan dont 43 000 dans la R&D pour un budget de 8,5 milliards de dollars américains en 2020.

 

Tant qu'Apple pèsera dans le marché des appareils électroniques, TSMC et son écosystème également

L’industrie taïwanaise a également bénéficié du lancement, en novembre 2020, de l’Iphone 12, TSMC fabriquant 100% des puces de l’Iphone. Les revenus de TSMC ont augmenté de 25%, en 2020 et ses bénéfices de 50%. L’activité des smartphones représente 50% de ses bénéfices.

La « fabless » Mediatek a connu un développement important, en 2020, en raison de son avance technologique dans les puces pour téléphones 5G (produites par TSMC) dont elle est devenue le n°1 mondial. Au T4 2020, sa part de marché a dépassé pour la première fois celle de Qualcomm. Ses revenus ont augmenté de 30,4%, en 2020, pour atteindre 11,10 milliards de dollars américains.

 

Un écosystème qui peut encore être renforcé avec l'aide du gouvernement pour les acteurs secondaires
Cela ne veut cependant pas dire qu’il ne reste pas encore une marge d’amélioration à l’écosystème taiwanais. En effet selon Wang Jiann Chyuan (王健全), le directeur de l’Institut de recherche économique du monde chinois (CIER), le gouvernement devrait encore encourager d’avantage les fournisseurs qui peuvent encore progresser pour fournir TSMC et UMC en équipements de pointe, plutôt que de continuer à faire des cadeaux directement aux industries déjà leaders : « TSMC n’a pas besoin de subventions car ils utilisent déjà actuellement beaucoup d’équipements de pointe mais ces derniers viennent actuellement des Etats-Unis, de Applied Materials par exemple. Les fabricants taiwanais ne sont actuellement pas capables de les fournir. Mais pour le reste des équipements et matériaux plus communs, les fournisseurs taiwanais devraient se rattacher au réseau. Le gouvernement devrait mettre en place des politiques de subvention afin d’aider ces sociétés à fournir TSMC et UMC. »

Lors d’un récent compte rendu fait sur l’industrie des semi-conducteurs à Taiwan par Business France à Taipei, la conclusion des observateurs économiques Français sur le sujet estiment Taiwan très intégré dans la chaîne de valeur mondiale de l’industrie des semi-conducteurs. L’ile est devenue, du fait de son avance technologique, un enjeu géostratégique de la guerre commerciale sino-américaine. Taïwan attire la convoitise des grands acteurs mondiaux des technologies qui souhaitent attirer ses groupes, en particulier TSMC, sur leur territoire, comme récemment les offres d’implantation aux Etats-Unis ou au Japon. Mais l’organe économique de la représentation française reste quand même sur sa réserve en concluant sur le fait que cette forte spécialisation de l’économie taïwanaise dans les semi-conducteurs pourrait toutefois constituer un facteur de risque sur le long terme.

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