Gros plan sur la formation des chiens guides pour aveugles à Taiwan

  • 19-02-2021
Chiens guides pour aveugles en formation (Image : RTI)

Taiwan compte environ 60 000 personnes aveugles ou malvoyantes pour à peine moins de 50 chiens guides d’aveugles en exercice. Un manque de chiens dû à de nombreux facteurs : manque de fonds, manque de familles d'accueil, difficulté de la formation, mais aussi au caractère récent de la formation de chiens guides à Taïwan.

A Taiwan, l’existence et l’utilité des chiens guides d’aveugles est apparue au grand jour avec la sortie, en 2004, du film japonais “Quill, la vie d’un chien guide”, qui a fait fondre les coeurs des Taiwanais et grandement contribué à sensibiliser le public au sujet.

Car les chiens guides d’aveugles ne sont pas seulement des animaux de compagnie : ce sont de véritables chiens de travail, qui passent par une formation longue, coûteuse, et fastidieuse.

Chen ya-fang, secrétaire-générale de ;’Ecole de chiens guides Huiguang, la première école de chiens guides du pays, indique que les chiots restent d’abord près de leur mère pendant les deux-trois premiers mois de leur vie, avant d'être confiés à des familles d’accueille volontaires pendant environ un an.

Ces familles sont chargées de sociabiliser les chiots, de leur apprendre les règles de base de la vie dans la maison mais aussi en extérieur. Elles sortent le chien et le mettent dans toutes sortes de situations, en les emmenant notamment dans les transports en commun. Pendant cette période, les chiens se rendent régulièrement à l'école et les éducateurs évaluent leurs progrès pour éventuellement corriger le tir.

Lorsque le chien a entre un et un an et demi, il retourne à l'école pour être formé par des éducateurs spécialisés. Il sera prêt à entrer en service à l'âge de 2-3 ans, et sera actif pendant 7 à 8 ans, avec une retraite obligatoire a 10 ans.

Il faut savoir que le processus de sélection de ces chiens guides est très sélectif, et qu'à peine 30 % des chiens qui retournent à l'école après leur période de socialisation en famille d’accueil sont jugés aptes à suivre la formation.

Chen Ya-fang explique qu'après un an en famille d’accueil, les éducateurs procèdent à un bilan pour éliminer les chiens dont la personnalité n’est pas adaptée :“Ceux qui sont trop anxieux, trop vifs, trop actifs, et pas assez stables, tout ça ne convient pas et va donc être pris en compte. En fait, au retour à l'école, ils passent tous un examen d'entrée, une sorte d’examen de personnalité. C’est comme en milieu scolaire : il y a le contrôle continu, les examens de mi-trimestre, les examens trimestriels et les examens de fin d'année."

Ces chiens remplaceront les yeux de leur futur maître, avec comme tâche principale de leur faire éviter les obstacles, les véhicules arrivant soudainement, et de les aider à se déplacer avec plus d’efficacité. C’est pourquoi le processus de formation est si rigoureux. 

Liu Pin-hsun, dresseuse de chiens guides, affirme qu’une fois de retour à l'école, les chiens doivent d’abord s’adapter à leur nouvelle vie entre l’école et le chenil. Ensuite, pour la formation, il s’agit de procéder de façon progressive :“Au début, nous leur faisons faire des parcours simples, en marchant droit et avec des arrêts aux intersections, en traversant la rue tout droit également. Puis lorsqu’ils s'arrêtent bien comme il faut aux carrefours, on ajoute des obstacles, tout en devant traverser. Après, ça se complexifie encore avec des odeurs de marche et beaucoup de nourriture, en les entraînant à continuer à marcher tout droit. C’est donc un entraînement progressif, du plus facile au plus difficile.”

Après être devenu officiellement chien guide, la dernière étape reste de leur trouver une personne qui a besoin d’eux. Chen Ya-fang précise que c’est comme un mariage, avec un contrat à vie. Mais il faut accompagner la présentation et les aider à coopérer correctement. Elle précise également que comme c’est le cas a l’étranger, les chiens guides sont remis gratuitement aux personnes aveugles ou malvoyantes, du moment que la personne est apte à s'occuper quotidiennement de l’animal. 

Et comme au début du lancement de l’école, il était fréquent que les personnes veuillent rendre l’animal, pour une raison ou pour une autre, l’école a mis en place une période d’essai, pour voir si le chien et la personne se conviennent l’un l’autre. Chen ya-fang estime que trois jours suffisent à la personne pour savoir si elle sera capable de s’en occuper :“ Cela comprend l’alimentation, le toilettage, et le fait de sortir le chien pour qu’il puisse faire ses besoins. Après l’essai, beaucoup de personnes trouvent que c’est en fait beaucoup plus difficile que ce qu’elles imaginaient, comme prendre soin d'un enfant. Il y a donc une pression : comment savoir ce dont le chien a besoin si l’on ne le voit pas ? Toutefois, d’autres personnes trouvent que c’est au contraire plus facile que ce qu’elles pensaient et veulent tenter l'expérience. Après la mise en place de la période d’essai, le nombre de retours de chiens a considérablement diminué."

La formation des dresseurs est également très difficile. Il faut entraîner avec succès six chiens guides pour passer l’examen de dresseur. Il ne suffit donc pas d’aimer les chiens, même si c’est bien sûr une condition sine qua non pour entrer dans le métier. Liu Pin-hsun, qui fait de la formation de chiens guides depuis 2007, explique que le processus de formation de la Fédération internationale de chiens guides requiert que le dresseur ait formé au moins 6 chiens avec succès pour pouvoir être certifié. Après avoir passé ces prérequis pratiques, on peut passer à l'examen écrit en vue d’obtenir la licence.

Liu Pin-hsun a donc encore du pain sur la planche, mais compte bien persévérer. Elle explique que sa motivation est inépuisable en raison de l’aide qu’elle apporte aux personnes malvoyantes ou aveugles qui reçoivent les chiens qu’elle dresse :“Chaque fois que je vais les conseiller, ils me disent “aujourd’hui je suis allé manger une crêpe et nous avons pris un nouvel itinéraire", “la prochaine fois j’irai manger une fondue chinoise en partant de la maison pour aller là-bas"... Les itinéraires des personnes aveugles ou malvoyantes se multiplient après l'arrivée du chien, et cela change leur vie. C’est quelque chose qui me touche beaucoup, car ces chiens les aident à avoir plus d'options, plus de choix dans leur vie.”

Notons que d'après la Fédération internationale des chiens guides (International Guide Dog Federation), le ratio idéal de personnes malvoyantes ou aveugles pour chiens guides est de 100 pour 1. Avec ses 60 000 malvoyants ou aveugles et ses moins de 50 chiens guides en exercice, Taiwan est donc encore loin du compte et doit encore progresser en termes d’élevage en particulier. Des progrès qui ne se feront pas, selon l’école, sans le soutien des pouvoirs publics et un soutien pratique de la société avec les dons et les familles d’accueil par exemple.

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