Pourquoi les Hongkongais décident de quitter leur ville natale? Partie 2 : les manifestations, la rupture avec Pékin et les Hongkongais à Taiwan

  • 03-03-2021
Exposition sur Hong Kong à Kaohsiung (photo CNA, département de la culture de la municipalité de Kaohsiung)

Ceci est la deuxième partie d'un décryptage qui décrit la situation et l'opinion d'un Hongkongais qui a déménagé à Taiwan.

Hong Kong, nommée dans ses années d’or la perle d'Orient, est devenue au fil des années une place financière internationale et asiatique incontournable. Éclatante de liberté et munie d'un système juridique solide, l’ile est considérée comme un des systèmes économiques les plus libres au monde. Les lumières qui l’habitent la nuit illuminent le sud de la Chine depuis les années 1970, et a servi de porte vers le monde, d’abord pour les habitants et commerçants de la province du Guangdong puis pour le reste de la Chine. Hong Kong a également été, jusque récemment et selon la formule consacrée, le phare de liberté aux portes de la dictature chinoise.

 

2015-2020 : La fracture entre Hong Kong et Pékin

Dans de telles circonstances, la bonne volonté du peuple hongkongais envers la Chine diminue, ainsi que sa confiance. En parallèle de cette perte de confiance des Hongkongais envers la Chine et les Chinois, le gouvernement chinois est également devenu plus méfiant à l’égard de Hong Kong et de son modèle politique et met en place des mesures de plus en plus restrictives à l’égard de l’administration spéciale. Ainsi dans la formule connue « d’un pays deux systèmes » la balance entre UN PAYS et DEUX SYSTEMES est de plus en plus déséquilibrée. La conception d’ « un pays » est désormais toujours privilégiée à celle de « deux systèmes ». C’est ainsi que des mesures liberticides ont peu à peu vu le jour et menées à de plus en plus de mouvements de revendication jusqu’à l’épisode de 2015 et la « révolution des parapluies ». Puis plus récemment, basé sur la loi sur l’extradition hongkongaise et après être parvenu à changer les principales personnes siégeant aux postes clés du système politique et juridique hongkongais le gouvernement Chinois commence à ignorer même les conventions signées sur Hong Kong. En 2019 le gouvernement hongkongais annule la loi sur l’extradition mais valide plus tard une loi chinoise sur Hong Kong et la sécurité nationale. Cette loi, bien que n’étant pas légalement applicable au système hongkongais en vertu de la déclaration conjointe sino-britannique, passe alors que le gouvernement chinois ignore le caractère légal de cette déclaration en contestant sa valeur juridique et en lui donnant uniquement une valeur historique.

Cette dernière loi a définitivement brisé le sentiment d’appartenance à la Chine de la majorité des Hongkongais. Mais cela ne signifie pas que le peuple entier est contre la Chine, il existe même plutôt un clivage plus marqué qu’auparavant entre les Hongkongais sur le fait de vouloir soutenir ou s’insurger contre le gouvernement chinois. D’ailleurs, le sujet est devenu plutôt tabou dans la société hongkongaise. Un silence remplace les discussions politiques qui, il y a deux ans à peine, étaient encore vives et animées.

Avec cette loi, et la pandémie de covid-19 les activités de manifestation dans les rues de Hong Kong se sont interrompues, mais cela ne veut pas dire que certains Hongkongais n’essaient pas de quitter la ville.

Après 2020 : Le départ des Hongkongais, Taiwan terre d’accueil priviliégiée

Dans la chronologie mentionnée, le départ des Hongkongais n’a bien sûr pas attendu 2020. Cela fait depuis au moins le début des années 2000 que les Hongkongais s’exilent dans des pays étrangers pour mener une vie où ils ont la possibilité d’acheter un bien immobilier. Mais il est vrai que depuis 2010 les départs pour cette raison sont de plus en plus fréquents. Et ce sont les Hongkongais anglophones ou ayant étudié à l’étranger qui choisissent leur pays d’accueil pour développer une vie de famille au détriment du port aux parfums devenu sans avenir pour ceux qui veulent investir dans la pierre.
Et depuis 2015 est venu s’ajouter des raisons politiques, cette fois-ci les Hongkongais ne sont pas forcément anglophones et décident alors de se tourner vers des territoires plus proches avec en tête de liste Taiwan.
En effet, Taiwan est l'un des pays d'immigration les plus populaires pour les Hongkongais. Taiwan attire avec une culture similaire, une langue proche, un climat agréable, des transports pratiques, un niveau de sécurité similaire, mais aussi des gens chaleureux, amicaux et bienveillants. Ce sont autant de raisons pour lesquelles les Hongkongais choisissent de plus en plus Taiwan. L’aspect démocratique et d’opposition à la Chine est également depuis peu une des nouvelles raisons pour laquelle Taiwan est choisi. Certains ne l’avouent qu’à demi-mots, mais le terme « paradis sans Chinois » est parfois insinué dans les conversations privées. C’est un peu ce qui est également évoqué par les touristes de plus en plus nombreux, venant des pays alentours et plus particulièrement du Japon et de la Corée du Sud, à visiter Taiwan pour « faire une pause des touristes chinois ». Bien sûr je paraphrase, mais il est vrai que cela reste une réelle raison de la venue des touristes. Cependant comme les Chinois qui ne s’adaptent pas à la vie hongkongaise, certains Hongkongais venant à Taiwan ne veulent pas s’adapter à la vie taiwanaise et reproduisent le schéma précédemment cité des Chinois venant pour profiter de meilleures conditions sans vouloir intégrer la société locale. Ces Hongkongais espèrent à terme créer un « village hongkongais » où le cantonais et la culture hongkongaise sera partagée sans avoir à se confronter à la culture taiwanaise. Cependant, contrairement aux Chinois à Hong Kong, ce groupe de Hongkongais ne représente qu’une minorité de ceux qui s’installent à Taiwan. La majorité des Hongkongais faisant leur vie à Taiwan sont en réalité des étudiants qui restent travailler à Taiwan et qui sont déjà habitués et intégrés dans la société taiwanaise.

Cette tendance n’est pas une faute en soit, les peuples ont cette habitude instinctive de se réunir en terre inconnue avec des gens aux habitudes similaires. C’est un moyen de créer une bulle de confort dans un environnement inconnue ou différent. Les Hongkongais à Taiwan justifient cette tendance en disant qu’ils sont conscients que leur ville natale est toujours en péril et ils espèrent lui apporter davantage de soutien. Pour cette raison il leur parait normal et nécessaire de se rencontrer et discuter. D’autre part, c'est précisément en raison du besoin des Hongkongais de l’attention internationale, qu'il est d'autant plus important pour eux de s’intégrer dans les communautés locales, de devenir amis avec les habitants, et de comprendre et d'assumer leur responsabilité sociale en tant que résidents locaux.

 

Conclusion de ce témoignage d’un Hongkongais à Taiwan 

Pour eux le problème est que s’ils ne s’intègrent pas, ils ne peuvent pas sensibiliser et informer les autorités et la société de leur pays d’accueil sur les conditions et problèmes de leur ville natale. Dans ce cas, comment peuvent-ils convaincre la communauté et les gouvernements locaux de soutenir le mouvement démocratique à Hong Kong ou d'accepter davantage de réfugiés hongkongais si les Hongkongais déjà présents ne font pas preuve de leurs qualités civiques et n'assument pas leurs responsabilités civiques ?

勿忘初心 (wùwàng chūxīn ou mat6 mong4 co1 sam1), est une phrase qui a beaucoup été scandée pendant les manifestations de 2019 à Hong Kong. Traduite, elle signifie ne pas oublier son cœur des débuts. Pour les manifestants hongkongais, elle signifie ne pas oublier l’origine du clivage avec les Chinois qui est autant politique que social pour les Hongkongais. Elle est encore souvent évoquée par les manifestants hongkongais à l’étranger pour rappeler les qualités civiques dont ils ont fait preuve dans le mouvement. Ce qu’ils ont fait à Hong Kong, ils doivent continuer à le faire peu importe où ils sont dans le monde.

Animateur(s) de l’émission

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