Déraillement du Taroko 408 : Les conditions de l’accident dans le détail

  • 06-04-2021
台鐵太魯閣號出軌事故現場持續搶通,6日下午順利拖出受損嚴重的第7節車廂(右),並暫置隧道口進行初步勘查。 (圖:中央社)

Vendredi 2 avril 2021, à 9h28, le train Taroko 408 en direction du sud, alors à seulement une dizaine de minutes de la gare de Hualien voit sa course interrompue brutalement alors qu’il rencontre un camion grue échoué sur sa voie le faisant dérailler et finir sa course dans le tunnel avec un phénomène de billard, rebondissant contre les parois. Causant un bilan provisoire de 50 morts dont 1 Français et deux Américaines et 216 blessés selon les chiffres récents donnés par le bureau des Chemins de fer taiwanais. Dans notre sujet d’aujourd’hui, reprenons les éléments, du côté du camion, du côté du conducteur et du côté des passagers et enfin au niveau en général de la sécurité des trains taiwanais qui est très critiquée ces derniers jours.

Comment le camion grue s’est retrouvé à cet endroit ?

Selon les éléments actuels de l’enquête, le camion grue aurait roulé et glissé sur la voie entre 9h13, heure de passage du train précédent la collision et 9h28, heure de la collision. Le boitier du camion a été récupéré et apportera plus de détails sur les circonstances de l’accident dans le futur. Les premières conclusions laissent penser à un frein à main mal serré ou à une défaillance technique. La première hypothèse est une négligence que le conducteur réfute selon son avocat et la compagnie qui l’embauche. Cependant, les médias locaux n’ont pas manqué de découvrir plusieurs dossiers sur le contracteur du chantier et ce chauffeur sortis de leurs archives qui montreraient qu’ils n’en seraient pas à leurs premiers démêlés avec la justice pour négligeance. D’autre part le ministère des Transports (MOTC) a déjà annoncé une plainte pour compensation visant le chauffeur ainsi que le contracteur en les prenant pour responsables de la collision ayant entrainé la mort de 50 personnes et blessant 216 personnes. Le vice-ministre des Transports Wang Kwo-tsai (王國材) a ainsi annoncé ce lundi que le ministère allait porter plainte contre Lee Yi-hsiang (李義祥), le conducteur, et la société Tung Hsin Construction (東新營造公司). Afin d’empêcher la société et le conducteur de transférer leurs actifs financiers vers des tiers, le parquet a ordonné de geler l’accès aux comptes pour la compagnie et le conducteur.Il est également incarcéré après le refus de la cour de le laisser en liberté sous caution. En cause, les craintes de la justice de le voir essayer de dissimuler des preuves ou de s’évader en raison de la gravité des chefs d’accusation qui pèsent sur lui. Selon la loi du code civil taiwanaise, le MOTC peut attaquer en justice dans le cas où une personne a intentionnellement ou par négligence causé des dommages à la partie portant plainte. Ainsi le MOTC peut demander des réparations pour les pertes matérielles causées par la collision, les pertes liées à l’interruption d’activité, cela comprend l’annulation et le rembourserment des billets, le tout s’ajoutant au dédomagement des victimes et de leur famille.

Le MOTC tient aussi à attaquer Lee et la société de construction en raison d’une violation de l’article 28 de la loi sur l’industrie de la construction. Cet article indique qu’un ingénieur ou conducteur employé à temps plein ne peut pas être le propriétaire d’une autre compagnie de construction. Hors, il s’avère que Lee Yi-hsiang serait le propriétaire de la société Yi Hsiang Industry Co. (義祥工業社) qui aurait été embauchée comme sous-traitant pour la société Tung Hsin. Il était également noté comme chef de site sur ce projet du tunnel et c’est pour cette raison qu’il était présent sur le chantier vendredi.

Lee Yi-hsiang risque également des sanctions pénales pour homicide involontaire.

Y a-t-il eu une négligence au niveau des procédures suivies par le conducteur ?

Des indications très détaillées sont rendues par un des membres du comité de sécurité des transports taiwanais, Young Hong-tsu (楊宏智), qui a analysé l’ensemble des éléments topographiques de cette portion des voies taiwanaises d’après une vidéo tournée depuis la cabine du conducteur du même train en janvier dernier sur cette même portion et en comparant avec la vidéo récupérée de la cabine du conducteur du train. Ainsi la vidéo de janvier montre que le Taroko Express quitte le tunnel précédent à une vitesse d’environ 120 km/h et que 300 mètres environ séparent la sortie de ce tunnel pour atteindre le prochain tunnel, celui de Qingshui dans lequel le train a déraillé. La distance exacte est en fait de 287 mètres entre les deux entrées de tunnel et 250 mètres entre la sortie et le point de collision. Dans une vidéo partagée sur RTI en mandarin et en anglais, tout le processus technique est clairement détaillé. Dans cette vidéo il est d’ailleurs clairement visible qu’un léger virage à la sortie du tunnel ne dévoile le point d’impact que sur les derniers mètres de la course du train. Dans le meilleur des cas le conducteur du train n’a eu que 7 secondes pour réagir selon la vidéo. Young Hong-tsu a visionné la vidéo de contrôle du train impliqué dans la collision de ce vendredi et a indiqué que le conducteur avait réagit en à peine 4 secondes alors que le train est sorti du tunnel à 130km/h. A cette vitesse le train avait déjà parcouru la moitié de la distance entre la sortie du tunnel et le camion coincé sur les rails soit un peu plus de 120 mètres. Une distance largement insuffisante pour arrêter le train, la vidéo montre que même avec un freinage d’urgence enclenché 3 secondes avant l’impact le train n’avait ralenti que de quelques kilomètres heures percutant le véhicule à 125km/h. Young Hong-tsu ajoute que même s’il avait réagit dès la sortie du tunnel, la collision aurait eu lieu et il est difficile de dire si les dommages auraient étaient moindres à ce stade de l’analyse.

Les passagers auraient-ils dû être assis ?

Certaines critiques se sont élevées dénonçant que la plupart des personnes décédées étaient des personnes qui possédaient des billets de train pour des places debout. En temps normal, ce genre de places n’est pas délivré dans les trains de la côte est en raison du danger que représentent les voies sinueuses de cette dernière. Cependant, en raison du nombre de voyageurs qui ont besoin de se rendre sur la côte est pendant le weekend de la Chingming, 120 places debout ont été ajoutées et rendues disponibles à l’achat soit 15 personnes debout par voiture. Ces places ont été ajoutées aux 376 places assises du train. Il est encore difficile de déterminer si le fait d’avoir été débout a été un facteur aggravant des blessures infligées aux passagers. Le vice-ministre des Transports Wang Kwo-tsai a précisé que cette hypothèse fait déjà l’objet d’une enquête approfondie et que les résultats seront rendus publiques ainsi que la décision de continuer à vendre ou non des places debout.

Les éléments à charge contre la TRA

Les voies au standard japonais, les virages trop prononcés, le manque de sécurité du chantier en raison d’une brèche juridique au niveau du contrat entre la TRA et l’entreprise de construction, beaucoup d’autres questions ou critiques pointent du doigt la TRA. Certaines d’entre elles ont remis en question le fait que les voies japonaises, seulement larges de 1067mm au lieu de 1435mm qui est le standard international auraient été la raison du déraillement. Ces mêmes voies qui étaient pratiques à la création du réseau ferroviaire ont été choisies en raison de l’économie que représentait la création d’un réseau ferré avec des voitures et des voies plus étroites. D’autres disaient que des voies doubles auraient permi de reprendre le traffic des trains plus rapidement et diminuer l’impact du train dans le tunnel, ou encore faciliter les secours, mais ces questions restent mineures en comparaison de la responsabilité de la société de construction et du manque de procédures et d’équipements de protection sur un chantier en amont d’une voie ferrée. C’est sur ce point que la TRA va être le plus inquiétée.

Les rapports d’enquêtes continueront à sortir dans les jours, les semaines, les mois voire, sans doutes, les années à venir. Radio Taiwan International sera là pour vous en rapporter les principales découvertes.

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