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Radio Taiwan InternationalKuo Hsing-chun – L’haltérophile Amis devient la déesse des -59 kg

  • 28-07-2021
Décryptage
Kuo Hsing-chun à l'entrainement (photo facebook Kuo Hsing-chun)

Jeux Olympiques oblige, cette semaine nous revenons sur le portrait de la première médaille d’or de l’haltérophile la plus titrée de l’histoire de Taiwan : Kuo Hsing-chun (郭婞淳).
Avec une saison sans fautes cette année, la Taiwanaise aborigène aura confirmé sa domination dans sa catégorie des moins de 59 kg mais qui, en plus lui aurait permis de remporter une autre médaille d’or dans la catégorie supérieure.
En effet, hier, l’haltérophile taïwanaise a offert la première médaille d’or de ces jeux à la délégation taiwanaise. La porte-drapeau de la délégation du Taipei chinois, comme on appelle Taiwan lors des compétitions internationales, n’a pas tremblé pour défendre son titre mondial en Olympie.

Une compétition dominée avec trois records olympiques

L’haltérophilie olympique a un modèle bien précis qui permet d’obtenir une seule médaille mais un total de trois records est possible. Celui de l’arraché : il est la forme la plus physique et la plus spectaculaire de l’haltérophilie. C’est pour cette raison que ce type de soulèvement de poids est toujours mis en première épreuve dans les compétitions. Il consiste à soulever la barre au-dessus de sa tête sans temps d’arrêt et en s’accroupissant en position de squat sous la barre. La technique consiste en général à s’aider des hanches à mi-chemin pour accélérer l’élan de la barre et la projeter au-dessus de sa tête. Cette technique, est particulièrement bien maitrisée par l’athlète taiwanaise qui n’a pas forcément la plus grande force en comparaison de ses adversaires mais une accélération fulgurante.
Lors des jeux olympiques elle est la seule athlète de sa catégorie à avoir soulevé plus de 100 kg dans cette épreuve juste devant la Française Dora Tchakounté qui fait un soulevé à 96 kg. La Taiwanaise quant à elle soulève 103 kg à son troisième essai et inscrit ainsi son nom dans le livre d’or des personnes détenant un record olympique. Également détentrice du record mondial encore plus impressionnant de 110kgs.

La deuxième forme de soulevé d’haltérophilie olympique est celle appelée épaulé-jeté. Elle consiste à d’abord soulever la barre pour parvenir à la poser au niveau de ses épaules avant de prendre un élan avec les jambes pour finir avec la barre au-dessus de sa tête en fente puis en position debout. Encore une fois la Taiwanaise a dominé la compétition avec un premier essai déjà supérieur à celui du meilleur poids soulevé par la Turkmène Polina Guryeva avec 125 kg soulevés. Lors de son deuxième essai elle valide un poids encore plus important de 133 kilos qui lui vaut un record olympique mais elle s’écroule lors de la troisième tentative à une barre encore plus impressionnante de 141 kg. Logiquement avec un total de 236 kg elle termine première de la compétition avec le sourire, 19 kg d’avance sur la Turkmène et 22 kg sur la médaille de bronze japonaise Mikiko Andoh. Malgré sa contre-performance en comparaison de son record du monde en avril de 247 kg, elle obtient le triplé des records olympiques avec ses 236 kg à Tokyo. N’oublions pas néanmoins que malgré des scores exceptionnels elle avait déjà soulevé 249 kg en 2018 dans la catégorie des -58 kg qui a, par la suite, changé en -59 kg. La compétition a donc été menée par la Taiwanaise et aucune de ses rivales n’aura trouvé les ressources pour la concurrencer.

Une histoire qui commence pourtant mal
Kuo Hsing Chun est née à Yilan, au Nord de Taiwan le 26 novembre 1993, dans des circonstances compliquées. Son poids est insuffisant en raison d'un cordon ombilical enroulé autour de son cou provoquant également une position fœtale empêchant un accouchement conventionnel. A sa naissance rien ne prédisposait le nourrisson en sous poids à un jour devenir une haltérophile de renommée mondiale.

Son nom de naissance est Tana, pris de ses origines éthniques aborigènes de la tribu Amis dans le village de Malan à Taitung. Ce ne sont pas les seules difficultés que la jeune Tana rencontre dès sa naissance. Avec un père inexistant et une mère travaillant trop, elle est laissée dans le village de Taitung pour être élevée par sa grand-mère, qu’elle appelait parfois maman.

Quand elle parle de son enfance on sent qu’elle a toujours vécu avec peu et que le sport était un peu le soutien social qu’elle ne trouvait pas toujours à la maison.
Dans un témoignage cette semaine sur son compte facebook elle revient sur son enfance difficile où l’athlète n’avait pas forcément de quoi manger tous les jours. A l’époque la famille vivait principalement de la vente des feuilles de betel et malgré des jours difficiles elle n’avait pas l’impression d’être pauvre. Tous les matins elle buvait du lait de soja et mangeait des youtiaos, ces bouts de pain frits qu’on retrouve beaucoup dans les petits déjeuners traditionnels taiwanais, qu’elle laissait tremper dans le lait de soja, elle trouvait ça très bon. Il suffisait à l’époque de 30 dollars taiwanais pour nourrir tout le monde en un repas.

Dès ses débuts à l’école, le sport l’attirait et à travers cette passion où elle avait découvert qu’elle avait en plus un certain talent, elle eut la possibilité d’avoir une grande partie de sa scolarité subventionnée.
A partir du collège elle a été confrontée à des difficultés économiques encore plus importantes au sein de sa famille, entre autres la nécessité de rembourser un prêt immobilier. Malgré les heures supplémentaires de nuit, la famille avait beaucoup de mal à survivre et certains ont commencé à aller vivre chez d’autres proches de la famille. Le foyer est passé par des moments si difficiles que Kuo Hsing-chun, pratiquant déjà l’athlétisme à haut-niveau ainsi que le basket, n’avait pas d’autres choix que de demander un soutien financier à ses entraineurs pour pouvoir nourrir sa famille. Peu de temps après elle a emménagé dans un studio chez sa tante, il n’y avait qu’un lit et une télévision, pour sa tante, son compagnon, son cousin sa grand-mère et elle. Elle devait faire ses devoirs à même le sol de l’habitation.
Au collège, vint aussi l’époque de ses premiers résultats sportifs mais elle se rappelle que le sport a toujours été l’endroit où elle se sentait en famille et entourée.

Elle avait besoin de bouger depuis toute petite, elle a pratiqué le judo, le football, le basketball,et l’athlétisme. Elle se servait du sport pour s’exprimer et le fait d’avoir des coéquipiers et des entraineurs autour d’elle lui donnaient l’impression qu’on ne la laissait pas tomber.
C’est également pour cette raison qu’elle n’a jamais trouvé étrange de ne pas avoir de père ou pensé à la situation financière de sa famille. Quand elle était à l’école, le sport lui remplissait tellement sa vie qu’elle ne comparait même pas sa situation avec celle des autres enfants.

Les résultats en athlétisme, au collège, ont commencé à permettre à Kuo Hsing-chun de recevoir des aides du gouvernement, des bourses pour le sport mais aussi celles pour que les aborigènes étudient. Et depuis elle n’a plus jamais eu besoin de dépendre financièrement de sa famille.

En 3e, à la fin des années collège, elle se découvre des capacités en haltérophilie un peu par hasard. Lors des jeux nationaux des collèges, elle était inscrite pour concourir en athlétisme mais aussi en haltérophilie. Une pratique qui est fréquente dans les compétitions de ces catégories d’âge à Taiwan. La veille des épreuves d’haltérophilie, elle fit tomber le baton lors du relais 4 fois 400 mètres provoquant chez elle beaucoup de remords et de regrets. Arrivant aux épreuves d’haltérophilie sans préparation particulière mais étant restée sur l’échec frustrant et humiliant de la veille, elle transformera cette frustration en force lors des épreuves de la catégorie des moins de 53 kilos pour remporter sa première médaille d’or. Comprenant qu’elle avait des prédispositions elle décida de mettre toute son énergie dans ce sport par la suite.
Elle avait dit lors d’une interview que c’était un signe du destin et qu’elle avait décidé après de se consacrer à ce sport coûte que coûte.

Les résultats ont été payants assez rapidement puisqu’elle obtient dès la première année de lycée le titre national lui permettant d’intégrer l’équipe junior nationale d’haltérophilie.
Elle se rappelle qu’au lycée elle commencait à vraiment gagner de grosses récompenses ainsi que des primes lors des compétitions qu’elle gagnait. A la même période, sa grand-mère commençait à rencontrer des difficultés pour se déplacer. La mère de Hsing-chun est donc rentrée s’occuper d’elle tout en s’occupant de la petite demi-sœur. C’est Kuo Hsing-Chun qui devient la seule source de revenus de la famille.
Elle n’en est pas moins reconnaissante envers sa famille qui a toujours été à ses côtés et l’a soutenu pour son rêve olympique. L’haltérophilie était d’abord un moyen pour elle d’améliorer la condition de sa famille, elle s’est vite rendu compte de son talent et l’a exploité principalement pour des raisons financières.
Mais après son premier podium, une médaille d’argent aux championnats d’Asie junior, en deuxième année de lycée, le désir de vouloir plus que simplement subvenir aux besoin de sa famille s’est fait sentir. Après cette compétition son entraineur lui a dit une phrase qui la marquera jusqu’à aujourd’hui : un jour elle participera aux JO. C’est depuis ce jour que son rêve olympique est né. Depuis ce jour et jusqu’à maintenant son objectif était de remporter ces jeux olympiques.

Un rêve olympique avec des hauts et des bas
Mais cela n’a pas été sans mal, en 2014, peu de temps avant les jeux d’Asie, elle se blesse à la cuisse droite et perd 70% de sa masse musculaire sur ce muscle. Mais le plus difficile n’a pas été la rééducation, mais son incapacité à soulever les mêmes poids qu’avant sa blessure, même une fois complètement rétablie. S’ajoutant à la difficulté de retrouver ses sensations, les médias et les réseaux sociaux ne l’épargnent pas et doutent de sa capacité à revenir au niveau international. Elle devra se reposer sur ses entraineurs, ses soignants et ses coéquipiers pour surmonter cette épreuve.

« Croire que chaque embûche est un moyen de se préparer »

Cette épreuve permettra à Kuo Hsing-chun de comprendre qu’elle doit rendre aussi une partie de son succès à la communauté. Après sa blessure, elle trouva le temps interminable entre le moment où elle s’est blessée et le moment où les secours, l’ambulance, sont arrivés. Étant pourtant au centre national d’entrainement des athlètes de haut-niveau à Kaohsiung, elle se demanda combien de temps aurait-il fallu si ça avait eu lieu dans son village pour sa famille ou dans des endroits plus reculés de Taiwan. Pour cette raison elle utilisa une partie de ses primes de compétition à hauteur d’1,5 million de dollars taiwanais (45 000 euros) pour acheter une ambulance dédiée au village de Malan.

Un palmarès international déjà bien fourni à 27 ans

Depuis qu’elle s’est mise au soulevé de poids tout s’est enchainé rapidement, outre ses titres et records nationaux, son palmarès international est tout aussi fourni :
2010 première médaille en Junior à 17 ans en moins de 53 kilos au championnat d’asie

2012 première participation aux JO, avec une sixième place après avoir été médaillée d’argent aux championnats d’Asie dans la catégorie moins de 58 kg adulte qu’elle ne quittera plus.

2013 première médaille d’or aux championnats d’Asie

2013 première médaille d’or mondiale aux championnats du monde universitaires de Kashan en Russie

2014 quatrième aux jeux d’asie

2015 bronze aux championnats du monde

2016 bronze aux jeux de Rio et or aux championnats du monde universitaires

2017 championne d’Asie, championne des universiades à Taipei, Championne du monde avec deux records du monde à l’arraché avec un total de 107 kilos et un total de 249 kilos au total qui ne sera plus jamais égalé pour la catégorie – 58 kg.

2018 Championne des jeux d’Asie, et mise en place des nouveaux réglements avec le changement des catégories de poids où la catégorie - 58 kg devient - 59 kg pour les championnats du monde auxquels elle remporte la première place.

2019 Championne d’Asie puis championne du monde avec un nouveau record du monde dans cette nouvelle catégorie des moins de 59 kilos avec 140 kilos en épaulé-jeté. Egalement un record avec un record au total de 246 kg, à seulement trois kilos de son record personnel lors des universiades de 2017. Sur cette dernière compétition elle a gagné au total deux médailles d’or et une médaille d’argent avec 106 kilos à l’arraché.

2020-2021 Triple Championne d’Asie avec deux records du monde obtenus à Tashkent en Ouzbékistan en avril dernier. Record du monde à l’arraché avec un poids de 110 kg et un record du monde au concours général de 247 kg.

Après avoir gagné toutes les compétitions, il ne lui restait plus que les Jeux Olympiques où elle avait fini 3e en 2016. C’est désormais chose faite pour elle avec 3 nouveaux records à son palmarès.

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