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A la tête de SMIC : qui est ce Taïwanais aux ambitions démesurées ?

  • 17-08-2022
Décryptage
Usine SMIC (photo SMIC)

Le 24 juin 2016, SMIC, LFoundry Europe et Marsica concluent un accord de commerce en vertu duquel LFoundry Europe et Marsica ont convenu de vendre à SMIC 70 % du capital social de LFoundry S.r.l. L'acquisition a été finalisée le 29 juillet 2016.

Le 14 octobre 2016, Ningbo Semiconductor International Corporation a été créée conjointement par China IC Capital (le fonds d'investissement en propriété exclusive de SMIC), Ningbo Senson Electronics Technology Co., Ltd et Beijing Integrated Circuit Design and Testing Fund. NSIC devient une coentreprise dont SMIC détient 66,76 % des parts. NSIC développera des plates-formes technologiques de processus de semi-conducteurs analogiques et spécialisés dans les domaines de l'analogique haute tension, de la radiofréquence et de l'optoélectronique. Ces développements aideront les clients dans la conception de circuits intégrés et le développement de produits pour des applications dans la maison intelligente, l'électronique industrielle et automobile, les nouvelles générations de communications radio, la réalité augmentée, la réalité virtuelle, la réalité mixte et d'autres systèmes spécialisés.

Depuis tous ces développements, SMIC a développé un peu en retrait ses nouveaux modèles de 7nm que la société a commencé à vendre, sans aucune communication sur la sortie du produit, dès l’année dernière.

L’entreprise a été créée par le Dr. Richard Chang Ru-Gin qui restera le président SMIC jusqu’en 2009. Depuis, un grand nombre de grands noms taïwanais du semi-conducteur passeront aux commandes de la société.

 

Entrée en jeu des Taïwanais

Dès 2009, le Taiwanais David Wang, déjà spécialiste du semi-conducteur, ayant travaillé notamment pendant 20 ans dans la société américaine Applied Materials, prends la tête de l’entreprise. Cependant, il n’y restera que deux années, se faisant remercier en juillet 2011 après un vote de non-confiance du conseil d’administration. Un mois plus tard, un autre taïwanais entre à la direction de l’entreprise, le docteur Chiu Tzu-yin.

En mai 2017, c’est un employé et cadre interne de l’entreprise, le Chinois Zhou Haijung qui reprend les rennes de l’entreprise. On pourrait se dire que l’entreprise essaie de se séparer de ses éléments taïwanais, mais en réalité, seulement cinq mois plus tard, un nouveau chercheur taïwanais entre en jeu : le docteur Liang Mong Song. Il partagera la présidence avec Zhou Haijun jusqu’à aujourd’hui.

 

Cette histoire permet d’analyser le problème qu’à SMIC de se passer des Taïwanais pour pouvoir rattraper son retard et offrir à la Chine une chance de pouvoir rattraper le leader taïwanais TSMC.

Et Liang Mong Song en est le parfait exemple, un des principaux cadres de la recherche et développement (R&D) de TSMC. À Taïwan, ce personnage a une très mauvaise réputation, notamment après avoir été exposé en 2015 à un double jeu qui consistait à vendre des secrets de fabrication à Samsung après avoir quitté TSMC en 2009. Samsung étant obligé de s’en séparer, qui récupère ce haut-profil ultra-ambitieux, extrêmement talentueux et sans scrupules ? Les Chinois.

Ceci n’est que l’histoire des PDG de SMIC, mais il existe un autre personnage clé qui est passé chez SMIC pendant une courte période : encore plus ancien dans le monde du semi-conducteur et encore plus respecté que Liang : Chiang Shang-yi, surnommé dans le milieu papa Chiang. Ce personnage entre à SMIC en tant que vice-président, créant une tension entre les deux Taïwanais. En effet, Liang Mong Song, ne voulant pas voir son autorité contestée, a menacé de quitter SMIC si Chiang intégrait le conseil d’administration.

Chiang ne restera pas longtemps, après avoir intégré les rangs de SMIC en décembre 2020, il quitte le groupe en déclarant vouloir passer plus de temps avec sa famille.

Chiang avait rejoint SMIC après avoir quitté la société Wuhan Hongxin Semiconductor Manufacturing, une société financée par l’État chinois. Il quitte la société en raison des problèmes de financement qu’elle rencontre.

Enfin, pour donner un peu plus de détails sur le personnage de Liang Mong Song, voici le contenu de la lettre qu’il avait transmise à SMIC lorsque Chiang avait été annoncé : « Je sens profondément que je ne suis plus respecté et cru, et je ressens que vous n’avez certainement plus besoin de moi ici pour continuer à se battre pour le futur de la compagnie. Dans cette même lettre, il indiquait qu’il menait une équipe de 2000 ingénieurs qui travaillait sur le développement de la technologie de 7 nm à SMIC.

Cette technologie, que l’ingénieur de 70 ans poussait, n’était d’ailleurs pas une stratégie suivie par les autres dirigeants de la société qui voulaient privilégier des technologies plus anciennes, mais plus rentables. Cependant, il est force de voir que la technologie de 7 nm N+2 est désormais produite et vendue.

Par ailleurs, entre l'émission de la semaine dernière et celle d'aujourd'hui, nous apprenions que trois nouveaux changements ont eu lieu au sein de SMIC : le codirecteur de Liang Mong Song, le Chinois Zhou Haijun se retire de sa position, mais reste néanmoins dans le conseil d'administration, alors que l'Américain William Brown quitte la société et son poste de directeur indépendant non-exécutif qui est confié au Chinois Hu Wanming.

En conclusion, ajoutons que malgré la grande avancée, le vulgarisateur sur taïwanais du nom d’Asianometry, a partagé une vidéo expliquant les limites de cette avancée technologique, notamment au niveau des procédés lithographiques et des machines utilisées limitées, sachant qu’à la découverte de cette technologie chez SMIC, TSMC pourrait s’apprêter à contrattaquer avec un procès.

Animateur(s) de l’émission

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