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Radio Taiwan InternationalUne Taïwanaise de dix ans face à la Covid-19

  • 07-05-2022
Info jeunesse
Renée et le Covid-19 (Image The Reporter Huang Yu-chen)

« Le Covid-19 n’est pas si effrayant que ça, mais je n’ai vraiment pas envie de l’attraper de nouveau ! »

Renée, âgée de 10 ans, a été touchée par le Covid-10 vers la mi-avril. Aujourd’hui encore, elle ne sait pas comment elle a été contaminée et se dit qu’elle ne s’est “probablement pas bien lavée les mains !” Fort heureusement, hormis sa mère qui prenait soin d’elle et qui dormait avec elle, aucun autre membre de sa famille, qui comprend ses grands-parents, son père et son petit frère, personne n’a été touché. Son institutrice et ses camarades de classe ont également été épargnés.  

Renée a été envoyée dans un centre de quarantaine avec sa mère. Durant les quatre premiers jours de sa maladie, elle souffrait d’une forte fièvre et d'un mal de gorge mais dit qu’elle ne se sentait "pas plus mal que lorsqu’elle avait eu, auparavant, mal au ventre et de la diarrhée". Renée a suivi tous les jours des cours en ligne depuis son centre de quarantaine, se préparant aux examens de mi-semestre. Renée raconte l’apparition des symptômes du Covid-19 et le diagnostic de sa maladie :

Au début, j’étais très fatiguée et j’avais des ballonnements.

Le vendredi 15 avril, quand je me suis réveillée, j’avais un peu mal à la gorge. Mais la douleur est partie lorsque j’ai pris le petit-déjeuner préparé par ma maman et je suis allée à l’école comme d’habitude. Comme notre classe n’est pas très douée en activité physique, notre institutrice nous a fait faire des exercices avant le premier cours du matin. On devait courir tout au long du stade de basket et j’ai moi aussi couru car je ne me sentais pas encore mal. 

Mais après avoir regagné la salle de classe, j’ai commencé à me sentir fatiguée. Je l’ai dit deux fois à ma maîtresse, qui m’a suggéré de me reposer sur mon bureau. Et c’est ce que j’ai fait toute la matinée. A cause des ballonnements, je n’avais pas d’appétit et je n’ai pas mangé à midi.  

Avant le dernier cours, ma maîtresse m’a dit d’appeler ma maman pour qu’elle vienne me récupérer à l’école plus tôt. C'était la première fois depuis que je suis à l’école primaire que je lui ai téléphoné en pleurant, car je ne me sentais vraiment pas bien. Mais lorsque je suis allée voir l’infirmière pour prendre ma température, je n’avais que 36,2 °C. Elle m’a dit : « tu n’as pas la fièvre, pas besoin de rentrer ». Du coup, je suis de nouveau retournée en classe pour me reposer pendant que tous mes camarades étaient dans la cour lors de la récréation. 

Maman est venue me chercher à 4h et m’a emmenée aux urgences le soir. Comme je n’avais pas été en contact avec un cas positif au Covid-19, le médecin a pensé que ce n’était pas la peine que je me fasse dépister. Il m’a prescrit des médicaments et nous sommes rentrées à la maison. 

39.6℃, je suis positive au Covid-19 

Nous sommes six personnes à la maison : mes grands-parents, mes parents, mon petit frère et moi. J’ai ma propre chambre mais comme je ne me sentais pas bien, maman est venue dormir avec moi. 

Le lendemain, j’avais la tête lourde. Maman m’a dit que j’avais 39.6°C de fièvre. Nous avons d’abord fait un dépistage rapide à la maison et c’était deux barres. Le soir, nous sommes de nouveau allées aux urgences et nous avons vu le même médecin que la veille. Il a transféré ma maman et moi dans une chambre d’isolement à pression négative pour faire un test PCR.
La chambre à pression négative était une expérience nouvelle pour moi. Même la salle de bain n’était pas dans une pièce à part. Le médecin m’a dit que si on voulait se servir de la salle de bain ou que les médecins n’entrent pas, il suffisait de tirer l’ensemble des rideaux de la chambre et que personne n’entrerait. 

Pour faire le test PCR, il faut mettre un bâtonnet dans le nez. J’ai l’impression que beaucoup de personnes ont peur de ça mais pour moi, ça allait encore. Ce médecin urgentiste était plutôt fort : il a mis le bâtonnet dans mon nez et l’a retiré rapidement après l’avoir tourné. Même si cela m’a fait un peu mal, ça n’a pas duré longtemps. Mais quand j’étais dans le centre de quarantaine, on m’a fait de nouveau un test PCR et cette fois-ci, ça m'a fait mal et j’ai même saigné du nez. Mais comme cela m’arrive de saigner du nez, je n’avais pas particulièrement peur. 

Et j’ai officiellement été diagnostiquée. Est-ce que j’étais inquiète ? Pas trop, car maman m’a dit que dans la plupart des cas, cette maladie n’est pas très grave, et que tant que j’étais traitée, je serais guérie. J’avais encore beaucoup de choses à faire comme me préparer à la compétition de lecture à haute voix, m'entraîner au piano, au violon et préparer mes contrôles. Je n’avais donc pas le temps de m'inquiéter des choses qui n’étaient pas arrivées. 

« Ce que je déteste le plus, c’est être dans une ambulance »

Une fois que j’ai été diagnostiquée, ma maman et moi avons dû aller dans un centre de quarantaine et nous avons été transférées dans une ambulance. C’est ce que j’ai détesté le plus car l’ambulance est prévue pour les personnes gravement malades, non ?  Je n’avais pas de maladie grave mais je devais monter dedans. Je ne voulais pas que mes voisins ou mes camarades de classe me voient monter dans une ambulance. 

Mais ma mère m’a dit que si on regarde les choses autrement, c’est plutôt une expérience extraordinaire de pouvoir circuler sur l’autoroute dans une ambulance. A l’intérieur, l’ambulance était recouverte et protégée par un film en plastique. C’est la première fois que je voyais ça, c'était plutôt intéressant. 

Avant que j’aille au centre de quarantaine, j’ai emmené avec moi ma peluche du Shiba, mon tigre culbuto et ma maman m’a préparé deux bandes dessinées de l’histoire “La grandeur et la décadence de la culture d'Asie de l'Est” et “L’essor et le développement du monde islamique”. Maman a dit que ce sont des livres d’histoire qui peuvent se lire pendant plus longtemps, et que c’est donc parfait pour la quarantaine. J'ai aussi apporté une machine à histoire et un manuel scolaire. La seule chose que je "gagne" en étant malade, c'est que je n'ai pas eu à passer les examens, même si je devrai quand même les rattraper quand je retournerai à l'école.

Papa m’a dit que c’était comme si on allait passer un séjour à l'hôtel. Mais en étant ici, je ne peux pas m'entraîner au piano ni au violon. En plus, je dois représenter l’école pour la compétition de lecture à haute voix en mai. L’institutrice devait me préparer avec des leçons de mandarin de 6ème année de primaire. Je ne peux pas avoir cet entraînement particulier, ce qui fait que je ne serai pas suffisamment préparée pour la compétition. C’est ce qui m'inquiète le plus. 

 

« Cette maladie, ce n’est pas plus terrible qu’un mal de ventre »

Ces derniers jours, mes camarades de classe m’ont envoyé des emails pour dire bonjour et je leur ai également demandé de leurs nouvelles. Heureusement, ni mes camarades de classe ni mon institutrice n'ont été contaminés par ma faute, donc je ressens moins de "culpabilité". 

Mais je me demande également pourquoi je suis la seule parmi mes camarades de classe à être infectée. Est-ce parce que je ne m’étais pas lavé les mains correctement ? Mais ça ne peut pas être ça non plus car de nombreux camarades prennent leur déjeuner sans avoir lavé les mains. Je ne comprends vraiment pas. 

C’était pendant les quatre premiers jours que je me sentais le plus mal. Mais comme j'avais de la fièvre, je dormais souvent. A part ça, je n’ai pas ressenti d’autres sensations particulières. Après avoir pris les médicaments anti-fièvre et anti-toux, j’ai guéri rapidement. Je trouve que le Covid-19 n’est pas plus terrible que le mal de ventre que j’ai eu pendant ma gastro-entérite.

Si on me demande : « Est-ce que le Covid-19 fait peur ? » Je dirais que non, je ne pense pas. J’ai fait du Covid-19 mon ami, et mon corps le connaît déjà bien. Il sait que le Covid-19 fera augmenter ma température à 39℃, provoquera un mal de gorge et de la toux. Je ne pense pas que je serai de nouveau infectée dans un avenir proche. Il y a toujours une possibilité, mais comme j’ai déjà vécu cette maladie, mon corps s’en souvient. Il suffit que je prenne soin de moi, pas besoin d’avoir trop peur. 

Question d'actualité : dois-je me faire vacciner ?

Je retournerai à l’école le 5 mai et j'ai hâte. C’est le cours de science naturelle qui me manque le plus parce que j’adore les animaux et j’aime beaucoup faire des expériences. Un des travails que je rêverais de faire, c’est être vétérinaire. 

En réalité, je peux déjà rentrer chez moi maintenant. Mais ma maman a été touchée par le Covid-19 en prenant soin de moi. Avant c’était elle qui m’accompagnait dans ma quarantaine, maintenant je l’accompagne dans sa quarantaine. Maintenant, je discute avec ma mère de s’il faut que je me fasse vacciner. J’ai déjà eu cette maladie donc j’ai une capacité de résistance contre le Covid-19. C’est pourquoi, naturellement, je n’ai pas besoin de me faire vacciner. Mais si je dois attraper cette maladie une nouvelle fois, alors, je préférerais recevoir un vaccin. Même si cette maladie n’est pas aussi terrifiante que j’avais imaginé, je n’ai vraiment pas envie de l’attraper encore une fois. 

Je suis très chanceuse puisque mes symptômes étaient légers. Mais il y a des enfants qui ont connu des symptômes graves. Il me semble que certains enfants ont eu des myocardites suite au vaccin. Vaccination ou pas vaccination, laquelle fait le plus peur ? J'aimerais connaître la réponse.

Maman de Renée

Depuis que la maladie de Renée a été diagnostiquée, notre famille est relativement calme. Quand elle avait une fièvre très élevée, j’ai pensé qu’avec le contexte actuel, il y avait un risque que ce soit le Covid-19 même si nous avons une vie plutôt simple et que nous n’avons pas été en contact avec un cas confirmé. Pour la rassurer, j’ai dormi avec elle et on s’est isolées des autres membres de la famille. 

Au lendemain de notre arrivée en centre de quarantaine, j’ai commencé à avoir des symptômes et à avoir une fièvre très élevée en pleine nuit.  C'était le moment où j'étais le plus stressée, j'avais peur de tomber dans les pommes et que personne ne le remarque. Comme le personnel du centre de quarantaine avait fini sa journée de travail, j’ai dû appeler le 1922, la ligne de prévention épidémique, à minuit. On m’avait donné un numéro d’urgence pour que je puisse demander de l’aide à tout moment, ce qui m’a rassurée.  

Renée était plutôt hésitante à parler aux médias. Mais je lui ai dit qu’en toute une vie, nous n’avons pas toujours la possibilité de dire réellement ce que l’on pense. Si quelqu’un se préoccupe de toi et veut te poser des questions, ce n'est pas une mauvaise chose de partager, de se confier. Renée est une enfant joyeuse. Pendant la quarantaine, je lui ai raconté l’histoire de la série japonaise « Nodame Cantabile » et de l’animé « Dr. Stone », dans le but de la motiver dans l'apprentissage des instruments. Je partage avec elle tout ce que j’aime et s’il y a des choses auxquelles elle est plus réceptive alors je continue. Après la quarantaine, elle a surtout envie de refaire du piano, du violon, d’acheter des livres à Eslite et d’aller à son restaurant favori de curry Coco Ichibanya. 

Bien entendu, je suis consciente que le Covid-19 peut laisser des séquelles, comme avec le Covid long. Je reste en alerte en observant l’évolution de son état de santé et du mien. Il y a tellement d’informations ! Je pense qu’il suffit de savoir les points essentiels, de continuer d’observer, autrement on s’ajoute inutilement des soucis. 

 

Réponse d’un médecin : la vaccination est-elle nécessaire pour des enfants ayant déjà eu le Covid-19 ?

Nous avons invité Huang Yhu-chering, médecin en spécialiste des maladies infectieuses pédiatriques à l'hôpital mémorial Chang Gung de Linkou pour répondre à la question de Renée : 

La plupart des enfants qui ont attrapé le Covid-19 ont des symptômes légers comme Renée. Si l’enfant est réellement infecté, il suffit de laisser le médecin gérer et ne pas avoir peur. Mais, il est vrai qu’une partie infime d’enfants peuvent avoir des symptômes graves. Le vaccin peut protéger tout le monde et réduire le risque de maladies graves comme la myocardite.

Quant aux enfants déjà infectés, doivent-ils se faire vacciner ? C’est toujours recommandé. Des enfants qui ont déjà eu le Covid-19 peuvent toujours recevoir une dose de vaccin puisque des personnes déjà infectées ont toujours la possibilité d’être touchées. Il est recommandé aux enfants de recevoir deux doses de vaccin contre le Covid-19. Les personnes qui ont déjà attrapé la maladie sont comme celles qui ont déjà eu une dose de vaccin. Il leur est donc recommandé de ne recevoir qu'une seule dose de vaccin. 

Les rapports concernant les adultes ont montré que les personnes qui ont été infectées par le virus, puis vaccinées, ont une meilleure protection que celles qui ont reçu deux doses de vaccin. Bien qu'il n'y ait pas eu encore de rapports concernant les enfants, leur situation devrait être similaire à celle des adultes. Quant à ceux qui sont infectés, ils peuvent se faire vacciner trois mois après leur guérison.

Les dernières statistiques publiées par l'American Academy of Pediatrics en avril 2022 ont révélé que plus de 12 millions d'enfants aux États-Unis ont été infectés par le Covid-19 avec 1050 décès. L'infection au Covid-19 multiplie le risque de myocardite par 16 fois. Cependant, en termes de risque de vaccination, sur la base de l'expérience des États-Unis, les enfants âgés de 5 à 11 ans vaccinés avec le Pfizer/BNT ont reçu un total de plus de 8 millions de doses. Parmi eux, seuls 12 cas ont connu une réaction sévère de myocardite. Le vaccin est sans danger pour les enfants. Le risque d’effets secondaires graves possibles de vaccin est toujours inférieur à la probabilité que les enfants contractent le Covid-19 et connaissent des symptômes graves. Quant au vaccin Moderna, bien qu'il n'y ait pas autant de statistiques, les effets indésirables du vaccin ne sont pas très différents de ceux liés au vaccin Pfizer/BNT, et il n'y a pas de danger. 

 

Qui nous a aidé à réaliser cet article?

Conseiller/Huang Yhu-chering

Médecin spécialisé dans les maladies infectieuses pédiatriques à l'Hôpital mémorial Chang Gung de Linkou 

Expert en pédiatrie, maladies infectieuses et épidémiologie, Huang Yhu-chering est médecin et professeur au sein du département des maladies infectieuses pédiatriques de l’Hôpital mémorial Chang Gung de Linkou, professeur au département de médecine traditionnelle chinoise de l'Université de Chang Gung et commandant de la région Nord de la prévention des maladies infectieuses du ministère de la Santé. 

Rédaction/Yang Hui-chun

Yang Hui-chun est journaliste depuis l'époque où il n'y avait ni téléphones portables ni ordinateurs. Selon elle, les journalistes sont des mineurs, des allumeurs de lampes ou des magiciens - ils doivent creuser le malheur du monde et allumer les lumières pour les personnes découragées et transformer les choses tragiques en beaux arcs-en-ciel... S’il leur arrive souvent d’échouer, il ne faut pas abandonner.

Conception graphique/ Huang Yu-chen

De formation journalistique, Huang Yu-chen est devenue par la suite graphiste en se fixant l’objectif de transformer des informations complexes en images faciles à comprendre et à lire. Si la tâche n’est pas simple, elle compte bien poursuivre ses efforts. 

Responsable éditoriale/ ChenYun-ru

Diplômée en journalisme, ChenYun-ru s’est lancée immédiatement dans l’édition. Elle cherche à rendre chaque reportage agréable aux lecteurs.

source: The Reporter

 

 

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